« Aux responsables de prendre en charge la création de petites unités de transformation »

Mostefa Mazouzi, Président du Conseil National Interprofessionnel de la filière tomate (CNIFT)

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Entretien réalisé par Naima Allouche

« La filière de la tomate se porte très bien. Elle a des perspectives prometteuses, si les responsables nous accompagnent dans la mise en place de petites unités à travers toutes les wilayas du pays pour lui permettre ainsi de générer des emplois et de créer de la richesse au niveau national », ces propos sont exprimés par M. Mostefa Mazouzi, propriétaire des pépinières El Mazouzi et Président du Conseil National Interprofessionnel de la Filière tomate (CNIFT), lors de son passage à l’émission le « Débat économique ». 

 

 

 

LCA : La filière de la tomate a réalisé un de ses principaux objectifs en éliminant l’importation du triple concentré de tomate, est ce que le secteur se porte bien maintenant ?

Mostefa Mazouzi : Généralement le secteur de l’agriculture se porte bien et particulièrement la filière de la tomate qui se porte très bien même. Parce que le premier objectif assigné depuis 2017 était d’éradiquer l’importation de triple concentré de tomate (TCT). En 2017, l’Algérie a importé presque 50 à 60 mille tonnes de (TCT). En 2018, il y avait un petit reliquat de 6000 tonnes. En 2019 et 2020, l’Algérie n’a pas importé le TCT. C’est très important pour nous et c’était le premier objectif de la filière. Du point de vue volume de production, durant deux compagnes successives, nous avons atteint plus de 19 millions de quintaux de tomates dont environs 9 millions 9 cent mille ont été dirigés vers le marché de gros, ce qui explique d’ailleurs les coûts qui ont considérablement baissés pendant les mois de novembre et décembre et c’est une bonne chose pour le consommateur.

 

Nous mangeons la tomate durant toute l’année, peut-on parler d’autosuffisance dans ce produit ?

Justement, du point de vue de disponibilité de la tomate, nous disposons de la tomate de janvier à décembre, cela est dû à l’étalement de la production dans toutes les superficies agricoles du pays. Nous avons plusieurs périodes de production à commencer par l’extra primeur au mois de novembre jusqu’à février en plein champ ou sous serre. Par exemple maintenant nous consommons la tomate de plein champ de Oued Souf sur 3000    hectares et juste après vient la tomate de Biskra sous serre. La production de la tomate primeur se fait sous serre et qui est de janvier à juillet au nord du pays. De même la tomate de saison produite en plein champ dans le nord à partir du mois d’avril jusqu’à août et nous avons l’arrière saison de septembre à décembre, ce qui permet une production durant toute l’année.


Cela pourra-il durer longtemps ? Est-ce que vous avez pensé à l’exportation de la tomate ?

La production peut aller même à long terme et nous aurons la tomate toute l’année, c’est à dire de janvier à décembre parce que nous avons la production de plein champ et sous serre. Concernant l’exportation, nous avons raté l’année 2020, malheureusement, en raison de la crise sanitaire de la pandémie du Covid 19. Nous pouvons exporter en 2021, tout en prévoyant la situation sanitaire, surtout qu’il y a un excédent en la matière et le fellah ne peut pas s’en sortir avec des prix trop bas, ce qui nous incite à inscrire l’exportation dans notre plan d’action. Il y a aussi un point très important qui est de penser à développer et à promouvoir des variétés de tomate un peu spécifiques, c’est à dire l’orienter carrément vers les ménages ou le marché de gros. Nous sommes entrain d’encourager les agriculteurs et leur montrer comment maîtriser ces variétés que nous appelons des variétés à double fin qui peuvent être versés dans le marché de gros ou vers la transformation, surtout si nous avons un excédent de production comme ça se passe chaque année. Donc la seule manière de réguler le marché local et exporter l’excédent sous plusieurs variétés de tomate.

 

Est ce notre production de la tomate destinée à l’exportation répond aux normes internationales ?

Pour l’exportation, nous allons vers la production de la tomate sous serre, c’est-à-dire l’extra primeur et la primeur. Surtout en période d’hiver et le début du printemps où le client à l’exportation en a besoin. De même, les autres variétés de tomates que notre filière compte développer sont très prisées à l’internationale comme la tomate sèche et la farine de tomate.

 

Avez-vous fait partie de votre programme d’action le développement des autres variétés ?

Sur ce volet, nous avons prévu dans le marché de gros la tomate fraiche et dans la transformation nous avons prévu dans le plan d’action du CNIFT, deux autres volets de la transformation, le séchage de la tomate en cas d’excédent, et c’est un produit très prisé à l’export. Le 2eme volet, il s’agit de la farine de tomate qui est une autre technique produite à partir de la tomate séchée. Donc vous voyez que pour la tomate, nous avons des formes diverses pour éviter le gaspillage. Certes, les variétés de la tomate n’ont pas d’échos en Algérie mais ça va venir avec le temps et nous travaillons pour leur développement. D’ailleurs, nous n’inventons rien, nous avons fait des missions un peu partout en Algérie et nous avons trouvé dans la région de Msila, Bousaada, etc. que les habitants de ces villes ont une habitude ancestrale qui est de sécher la tomate sur leurs terrasses et il n’y a pas une famille qui ne fait cette activité, ce qui veut dire que certains algériens connaissent très bien les autres variétés de tomates. Ces familles commencent à sécher la tomate à partir du mois de juin et ils ont pour toute l’année.

Y a-t-il un travail de sensibilisation envers les fellahs pour leur éviter de jeter des tonnes de tomate dans les oueds ou les laisser pourrir dans les fils d’attente devant les conserveries ?

Effectivement, cette histoire d’excédent de tomate est constatée surtout durant une période où tout le monde produit en même temps et la capacité des usines de transformation est limitée et ne supporte pas l’excès des quantités énormes de tomate malgré les 27 unités de transformation dont que nous disposions aujourd’hui. 80% qui détiennent le monopole de ce secteur se trouvent à l’est du pays et toutes ces usines ne peuvent pas subvenir à la transformation de toute la production de la période de juillet à septembre. Donc pour mettre fin à ce problème, notre stratégie est de multiplier les petites unités au niveau national, dans toutes les wilayas afin de suivre la politique d’étalement de production durant toute l’année et de promouvoir et développer des petites unités de séchage de tomate. C’est très important comme projet de développement qui répond à nos besoins dans toutes les « sauces ». Ces très petits projets vont nous permettre de générer des emplois et de créer la richesse à l’échelle nationale et ainsi nous trouverons une solution au problème de l’excédent en matière de tomate.

Les fellahs dénoncent le retard de paiement de la part des conserveurs. Pourquoi tout ce retard alors que ces fellahs ont eux aussi des familles et des besoins ?

Le retard dans le paiement a été senti surtout cette année, les agriculteurs ont livré leur produit et les conserveurs l’ont réceptionné mais malheureusement il y a le problème de mévente du produit en raison de la crise sanitaire. Notre secteur a subi aussi les conséquences de cette crise, ce qui a causé un retard dans le paiement des producteurs cette année. Mais il y a un autre problème que je dénonce moi-même. Il s’agit du dispositif de l’Etat qui prévoit une prime de soutien pour l’agriculteur de l’ordre de 4 DA / kilo livré et qui l’ont associé au paiement du conserveur qui est de 12 DA/ kilo réceptionné pour qu’après l’ONILEV libère cette prime. Le CNIFT dénonce ce dispositif et sollicite les responsables de la tutelle, notamment le ministre de l’Agriculture à revoir l’octroi de cette prime en la dissociant du paiement des conserveurs. Ces derniers bénéficient eux aussi d’une prime de 1,50 DA/ kilo réceptionné comme guise d’encouragement et de soutien à la filière.

Quelles sont vos perspectives pour l’année 2021 ?

Jusqu’aujourd’hui la filière est en bonne voie de développement. Actuellement nous sommes entrain de réfléchir comment diminuer les surfaces de production. C’est-à-dire avoir le même volume de production est avec des surfaces moindres pour gagner des superficies et les mettre à la disposition d’autres productions. Par la même occasion je lance un appel aux responsables de prendre en charge cette question de mise en place des unités de transformation. Le CNIFT a fait un écrit au ministre de l’industrie pour booster les responsables locaux afin de faciliter la création de ces petites unités. Malheureusement, jusqu’à ce jour il n’y a pas eu d’échos et la question demeure posée. Pourquoi le ministère de l’industrie ne réagit pas à nos doléances pour développer le secteur et contribuer à la promotion de nos produits et booster notre économie nationale grâce à ces petits investissements.

N.A

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