Des ressources en eaux dégradées en quantité et en qualité

Rapport national sur le développement humain 2020

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La déforestation constitue un phénomène évolutif dans le temps, la destruction progressive ou massive de la couverture végétale forestière étant liée à des causes anthropiques (incendies) et quelquefois naturelles (pathologies). Malgré des programmes de reforestation importants (972 000 ha de 1962 à 1997, non inclus le programme des grands travaux réalisé récemment et non encore évalué), le taux de réussite reste limité (42%) en raison notamment d’une absence de traditions sylvicoles et d’une insuffisante maîtrise des actions forestières, ne permettant pas ainsi d’endiguer de manière efficace le processus de déforestation. La superficie détruite représente un peu plus d’un million d’hectares entre 1955 et 1997, ce qui correspond à un taux de déforestation de l’ordre de 24 000 ha par an (soit 21% en 42 ans). Le taux ne doit pas occulter le fait que c’est surtout la forêt en bon état qui disparaît, plus ou moins bien remplacée par des maquis, des broussailles ou des reboisements avec des signes de dégradation plus ou moins récents. Outre le faible taux de réussite des reboisements, les principales causes de la déforestation sont imputables : – aux incendies : de 1963 à 1997, la surface totale incendiée est de 1.159.623ha, soit une moyenne annuelle de 33 000 ha/an, – au surpâturage : la forêt est considéré par les riverains comme un réceptacle de parcours permanents par les éleveurs du Nord et un terrain d’accueil de la transhumance des troupeaux steppiques, – aux coupes illicites, favorisées par l’augmentation du prix du bois et le recours au bois de chauffage dans les régions enclavées non encore desservies par le gaz naturel, – aux problèmes phytosanitaires : la surface minimale probable infestée par la chenille processionnaire avoisine ou dépasse 200 000 ha. Le taux d’affaiblissement forestier qui en découle est de l’ordre de 15% depuis 1966. Le phénomène de déforestation contribue à accélérer le processus de désertification.

La désertification : Elle se traduit par la régression du couvert végétal et de la biomasse, une forte érosion, la dégradation des sols et un ensablement progressif. La population vivant en zone steppique a été multipliée par quatre en 40 ans, le surpâturage a été quant à lui multiplié par cinq (1 équivalent ovin pour 4 ha en 1968 pour 1 équivalent ovin pour 0,78 ha en 1992). En outre, l’extension non maîtrisée des surfaces cultivées (1,1 million ha en 1968, 2,1 millions ha en 1992), l’inadéquation du code pastoral qui n’incite pas les éleveurs à investir pour la régénération des ressources biologiques, expliquent l’accélération du phénomène de désertification, avec pour conséquences, selon les données de la carte de sensibilisation effectuée par le CNTS en 1997 : ∙ 487 900 ha désertifiés ∙ 215 000 ha très sensibles à la désertification ∙ 5 000 000 ha sensibles à la désertification ∙ 3 700 000 ha moyennement sensibles à la désertification L’action conjuguée des différents facteurs de dégradation a conduit à une réduction proche des deux tiers (2/3) des potentialités fourragères, qui passent de 1,6 milliards d’unités fourragères en 1966 à 530 800 millions d’unités fourragères en 1996. Les pertes de productivité des ressources naturelles atteignent un niveau critique. L’exode rural s’amplifie, aggravant la crise urbaine. La gestion durable des ressources naturelles nécessite une intervention plus soutenue des pouvoirs publics, que ce soit pour la question fondamentale du rapport à la terre en tant qu’espace écologique, que pour celle de la propriété et du capital économique qu’elle représente. Cela implique le réexamen de certains principes de la politique foncière, notamment dans les dispositions législatives et réglementaires régissant les droits de propriété et /ou de jouissance, qui favorisent la stabilité et l’investissement des paysans, l’amélioration de leurs conditions de vie et leur participation. C’est l’une des conditions de la gestion rationnelle et durable des ressources naturelles.

La disponibilité théorique en eau par an et par habitant est l’une des plus faibles du bassin méditerranéen, elle a chuté de 1.500 m3 en 1961 à des valeurs inférieures au seuil de rareté ( 1.000 m3 selon le World Ressources Institution ) soit 720 m3 en 1990 et 630 m 3 en 1998, du simple fait de la croissance démographique. Sans un effort important de mobilisation supplémentaire de cette ressource, la disponibilité serait encore réduite à 430 m3 par habitant à l’horizon 2020. La situation est due essentiellement à la faiblesse et à l’irrégularité des précipitations dans l’espace et dans le temps, à la persistance des périodes de sécheresse et aux faibles capacités de retenue et de stockage de l’eau. En outre, l’infrastructure de mobilisation de ressources en eau ne s’est pas accompagnée d’une gestion durable et efficace des réseaux de distribution d’eau potable et d’assainissement. En effet : – Les pertes d’eaux dans les réseaux sont très élevées, elles sont de l’ordre de 420 milliards de m3 par an soit environ 40 %. En ce qui concerne les eaux d’irrigation, la situation est similaire : 50 % des eaux sont perdues, soit environ 150 millions de m3 par an, sur la base des moyennes des quotas alloués au cours des cinq dernières années. – La protection de la qualité des ressources en eaux est insuffisante : si les réseaux de distribution sont bien développés au prix d’un effort soutenu depuis 1970 ( 85 % de la population agglomérée était raccordée à un réseau public en 1998), il n’en est pas de même de la réalisation des systèmes d’épuration et d’assainissement, qui n’a pas suivi le même rythme et dont les capacités installées sont estimées à environ 4 millions équivalent habitant seulement. Encore faut il préciser que le rendement épuratoire de ces stations est quasi – nul, notamment en raison de la non – disponibilité de ressources financières nécessaires à leur gestion. Le volume annuel d’eaux usées rejetées, estimé à 600 millions de m3 charrie 200.000 tonnes de matières organiques et constitue une source de pollution importante non seulement du littoral mais surtout des ressources en eau déjà rares. En matière d’assainissement rural, un programme important correspondant à 435 bassins de décantation ( représentant une population totale raccordée équivalente à 1 million d’habitants) a été lancé en 1987 et effectivement réalisé. Néanmoins, en raison du manque de moyens des communes, l’entretien des bassins, qui consiste en un curage une à deux fois par an, est insuffisamment pris en charge. Cette situation n’est pas sans effet sur la santé de la population, en effet, et bien qu’en constante régression, les maladies à transmission hydrique restent un problème de santé publique important: leur incidence moyenne ( nombre par milliers ), évaluée pour le période 1992 – 1996 est de 0,19 pour mille pour le choléra, 13,19 pour mille pour la typhoïde, 9,13 pour mille pour les dysenteries et 11,41 pour mille pour les hépatites virales. On relèvera néanmoins une nette diminution de l’incidence de ces maladies en 1999 , dont le taux global est passé de 40,36 cas pour 100 000 habitants en 1997 à 26,69 cas pour 100 000 habitants en 1999. On notera également qu’aucun cas de choléra n’a été recensé en 1999. La gestion inadéquate des réseaux de distribution d’eau potable et d’assainissement ainsi que des stations d’épuration, principal responsable de la persistance de ces maladies, est justifiée par des questions de qualifications du personnel et de maîtrise technique. En outre, les contraintes dues aux facteurs suivants contribuent à la non maîtrise de la gestion des réseaux de distribution d’eau potable et d’assainissement : – L’absence d’un cadre cohérent et global de gestion, d’exploitation et de maintenance des ces infrastructures, qui définisse en particulier les responsabilités respectives des entreprises publiques de l’eau et des communes, – La faiblesse des moyens financiers disponibles au regard des coûts de réhabilitation des réseaux d’épuration des eaux usées qui ne peuvent être couverts dans le cadre de la tarification unique actuellement en vigueur. Malgré la crise de l’eau en perspective et les conflits épineux d’arbitrage entre ses différentes utilisations, cette ressource est toujours considérée uniquement comme un bien social. L’eau potable est toujours très fortement subventionnée, à concurrence de 75 % de son coût de mobilisation et la redevance d’assainissement ( 20 % de la facture d’eau ) est insignifiante au regard des frais de gestion des stations d’épuration.

Par le CNESE

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