Emergence des organisations patronales en Algérie

Evolution du secteur des services aux entreprises en Algérie

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Par Nacer Eddine BOUCHICHA, membre du CREAD

Les organisations  professionnelles  sont  par  excellence  des  acteurs  du  lobbying. Elles  sont en même temps, tant du point de vue  de leurs capacités financières que de leurs effectifs, les lobbies les plus puissants. L’histoire des organisations     professionnelles se  confond  avec  l’interventionnisme économique’ (Lamarque,  1994). Dans le cas de l’Algérie, l’émergence des organisations    patronales    se    confond    avec    deux    grands phénomènes,  dont  l’évolution  du  premier  a  servi  comme  terrain propice à l’émergence du second. Il  s’agit,  pour  le  premier,  de  l’enclenchement  du  processus d’ouverture  vers  l’économie  de  marché.  Ce  dernier  a  débuté «timidement» dès les années 1980, précisément depuis les résolutions du  Comité  Central  du  parti  FLN  qui  avait  consacré  sur  le  plan politico-doctrinal le  secteur privé  comme  acteur  désormais nécessaire du  développement  national.

Plus tard, avec l’adoption de la loi de 1988 relative  à l’autonomie  de  la gestion des entreprises publiques, 

l’Etat se désengage de la gestion, du fonctionnement et des dépenses des  entreprises  publiques  auxquelles  il  octroie  un  budget  pour  le financement  d’approvisionnement importés.    Le processus  de désengagement  de  l’Etat  a  ouvert  la  porte  à  l’émergence  et  au renforcement   du   secteur   privé   qui   jusque -là   était   principalement concentré  dans  trois  branches: l’industrie alimentaire,  le  textile  et  les matériaux de construction (Madoui et Gillet, 2005).

Le  secteur  privé  d’une  manière  générale  et  les  entrepreneurs industriels  privés  en  particulier  ont  commencé  depuis, à  acquérir graduellement  une  place, aussi  bien  dans  le  discours  politique  que 

dans  la  pratique  économique  comme  acteur  d’appoint  du  secteur d’Etat, mais sans pour autant qu’il soit le porte-parole  de  ses  intérêts puisque ce sont les institutions d’Etat qui parlaient de lui. 

En  effet, le  secteur  privé  algérien, balloté  depuis  plus  d’une décennie  entre  les  tenants  d’un  changement  d’orientation,  d’une rupture graduelle avec   une   économie   étatisée,   monopoliste   et  administrée et  les  partisans  d’une  continuité  idéologique  et organisationnelle  fondée sur l’entreprise publique 

(Mancer,  1997), a fini  par  avoir  une  place  beaucoup  plus  confortable  avec  le  tournant 

décisif  dans  les  années  1990,  avec  ‘’ la  demande  de  l’Algérie  du rééchelonnement    de    sa    dette    en    1994, avec    comme    conditions,    le  rétablissement des équilibres macro-économiques, du désengagement de l’Etat de  nombreux  secteurs  économiques  au  profit  des  entrepreneurs  locaux  et internationaux,  de  la  libération  du  commerce  extérieur  ou  de  la  refonte  du marché bancaires et financier’’(Tangeaoui, 1996).

Ce  contexte  étant  amorcé,  le  second  phénomène,  résultant  du premier,  est  venu  donner une naissance  effective  aux  organisations professionnelles et patronales. Il s’agit de la promulgation de la loi

90-31   du   4   décembre   1990   relative   aux   associations, qui   était   une véritable   opportunité   législative au   lendemain   des   événements d’octobre  1988,  ayant  permis  l’émergence  de  ces  associations professionnelles  qui  activent  aujourd’hui  sur  la  scène  politico-économique. Cette   loi   est   venue   déterminer   les   modalités   de   constitution, d’organisation et de fonctionnement des associations. ‘’

Les associations patronales  peuvent,  en  vertu  de  cette  loi,  être  consultées  par  les  institutions et organismes officiels sur les questions liées au développement économique et social. Elles peuvent également contribuer à l’enrichissement de la législation et de la réglementation du travail (Benguerna et Hamouma, 2005).

Les organisations patronales sont donc de nouveaux acteurs sur la scène  politico-économique.  Elles  tentent  d’assumer  quatre  grandes fonctions, à savoir, la fonction revendicative qui consiste en l’exposé des revendications des entrepreneurs ayant un rapport direct avec les activités  des  entreprises  et  le  fonctionnement  du  tissu  économique. Elles  tentent  dans  ce  sens, de  créer des  réseaux  de  communication avec les pouvoirs publics et les différentes institutions. 

La seconde est la  fonction propositionnelle il s’agit de  soumettre  des propositions qui répondent bien aux exigences de l’économie du pays. La troisième fonction est la négociation. Les organisations patronales tentent, dans le cadre, des commissions tripartites, d’anticiper des convergences et de conclure dans des moments opportuns dans l’intérêt collectif. La quatrième  et  dernière  fonction  est  celle  que  l’on  peut  nommer  de service.  Les  organisations  patronales  entreprennent  des  actions  qui permettent la promotion de la jeune entreprise par le  biais de la mise en place d’agences et de centres de formation professionnelle, l’accès à des banques de  données  pour  projeter les échanges à l’exportation, d’assister les entreprises dans leur action en justice pour la défense des intérêts individuels ou collectifs de la profession (Daoud, 2000).

Ceci  étant  dit,  les  organisations  patronales  en  Algérie,  si  elles  font preuves  d’un  dynamisme  associatif  aussi  bien  par  la  revendication et/ou l’instauration  d’un  cadre  permanent  de  dialogue,  de concertation et de propositions au service de l’entreprise algérienne, leur  marge  de  manœuvre  demeure,  selon  beaucoup  de  travaux, restreinte  dans  la  mesure  où  leur rôle  se  confine  souvent au fait  de faire siège avec les  administrations pour  de  multiples raisons d’ordre politique (Daoud, 2000). 

Analyse des résultats de l’enquête

Il  s’agit  d’un  projet  d’étude  à  deux  volets.  Le  premier  est  une enquête  par  questionnaire  menée  auprès  d’un  échantillon cible d’entreprises de service aux entreprises à l’échelle nationale. Cette étude, lancée  en fin  2004 et  début 2005 par un  département ministériel national, portant sur les  PME fournissant des  services aux entreprises,  avait  pour  objectifs, de  d’écrire l’univers et la répartition spatiale  de  ces  PME de services  aux  entreprises,  ensuite  de  connaître le  mode  de  fonctionnement  de  cette  branche  d’activité  aux plans micro,  méso  et macroéconomique, et enfin, d’apporter  des  éléments de réponse aux questions posées par le secteur, notamment en matière de   dynamique   économique, de  création  d’emploi,  d’innovation technologique,  d’insertion  des  NTIC, de   relations  interentreprises (réseau  d’entreprises), de structure  du  marché  des  services et leur stratégie concurrentielle.

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