«Il est impératif de dynamiser l’acte entrepreneurial»

Kamal Kheffache, expert en développement et compétitivité des entreprises

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Entretien réalisé par Zahir Radji   

L’entrepreneuriat est un axe stratégique dans la politique du gouvernement algérien. D’ailleurs, dans le programme du président de la République, Abdelmadjid Tebboune, il est prévu la création d’un million de micro-entreprises. 

Certes, la concrétisation de ce programme sur le terrain sera ardu et nécessite la mise en place dans un écosystème favorable au cycle de vie des micro-entreprises, depuis l’idée de projet (quoi produire et pour qui ?) jusqu’à la phase de démarrage voire même pendant la phase de croissance pour les maintenir en vie le plus longtemps possible. C’est ce que l’expert en développement et compétitivité des entreprises, Kamel Kheffache détaillera dans cet entretien accordé à notre quotidien « Le Chiffre d’Affaires».

 

 

Le gouvernement a opté pour une nouvelle politique dans le domaine de la création de micro-entreprises avec l’objectif de 250 000 chaque année d’ici 2024 soit un million d’entreprises. Est-ce que ceci est réalisable sur le terrain?

  

Kamal Kheffahe : Créer un million de micro entreprise à l’horizon 2024 est un objectif ambitieux jamais réalisé par le passé. Il est réalisable si, et seulement si, les pouvoirs publics mettront en place un écosystème favorable au cycle de vie des micro-entreprises depuis l’idée de projet (quoi produire et pour qui ?) jusqu’à la phase de démarrage voire même pendant la phase de croissance pour les maintenir en vie le plus longtemps possible. 

Des milliers de micro-entreprises ont été créées dans le cadre des différents dispositifs (ANSEJ, CNAC) mis en place par les pouvoirs publics, depuis la fin des années 90, et après près de 2 décennies, seulement une minorité arrive à survire, et ce, en raison de plusieurs facteurs. 

A commencer tout d’abord par la vision des pouvoirs publics en matière d’entreprenariat des jeunes qui était purement sociale au lieu qu’elle soit économique permettant la construction d’un tissu économique viable et durable, le manque de formation à l’entreprenariat des jeunes chômeurs (les nouveaux diplômés des universités et des centres de formation, ainsi que les jeunes dépourvus de diplômes), l’absence d’études de marchés dans les plans d’affaires et les pratiques bureaucratiques, pour ne citer que ceux-là. 

 

Durant les 15 dernières années, près de 380 000 entreprises ont été créées dans le cadre de l’Ansej, dont 70% sont en difficulté. Ceci nous mène à poser la question suivante : Comment les maintenir en vie ? 

Il faut rappeler que l’entrepreneuriat est un instrument clé permettant d’améliorer la compétitivité entre les nations, de favoriser la croissance économique et d’accroître les possibilités d’emploi. 

Les politiques économiques basée sur l’entreprenariat supposent la mise en place des politiques d’incitation, d’appui et d’accompagnement à la création de micro-entreprises. Ces politiques ont pour but de mettre en place un climat général des affaires propice à la création des entreprises et de stimuler l’entrepreneuriat par un ensemble de mesures spécifiques incitatrices (tels que les aides financières, les exonérations fiscales, etc.) ou par l’implantation de nouvelles structures et organismes d’accompagnement (tels que les pépinières d’entreprises, les incubateurs, les pôles d’excellence, etc.).

 Il faut avouer que le développement entrepreneurial dépend étroitement de l’efficacité des politiques visant à : réduire les contraintes réglementaires et administratives (pratiques bureaucratiques) qui pèsent sur l’activité entrepreneuriale, promouvoir la formation à l’entrepreneuriat des jeunes et des femmes, faciliter l’accès aux financements, à la technologie, à l’innovation, et aux marchés internationaux. Pour se faire l’approche par l’écosystème entrepreneurial est recommandée car celle-ci ne repose pas uniquement sur les facteurs propices à l’entrepreneuriat, mais surtout sur les interactions entre les dimensions politiques, financières, humaines, culturelles, relatives aux marchés et aux supports infrastructurels, professionnels et institutionnels. Certes, dans le souci de promouvoir l’entreprenariat national, les pouvoirs publics ont pris un certain nombre de mesures, tels que la reconfiguration des missions de l’Agence Nationale de Soutien à l’Emploi de Jeunes (ANSEJ) en créant une nouvelle agence dénommée Agence Nationale d’Appui et de Développement de l’Entreprenariat (ANADE), mais d’autres mesures sont recommandées, comme l’amélioration du climat général des affaires pour diversifier l’économie dans tous les secteurs (industrie, agriculture, économie de la connaissance, services,) afin d’alimenter le marché local et promouvoir les exportations hors hydrocarbures.

De nombreuses entreprises ont été créées, toutefois, ces dernières font face à un problème épineux, à savoir l’inexistence de plans de charge. Vos suggestions pour y remédier ? 

Durant les années 2000 à 2014, à l’époque où l’Etat avait lancé des projets d’infrastructures de base (routes, chemin de fer, barrages, logements, autres infrastructures, …), les grandes entreprises, les PME ainsi que les mirco-entreprises avaient des plans de charge grâce à la commende publique. Depuis la chute des prix du baril du pétrole entamé à la mi-juin 2014, qui a engendré une crise financière a provoqué une baisse de la commande publique entrainant ainsi un déficit en plan de charge. 

Pour rétablir l’équilibre entre l’offre et la demande des biens et services pour les besoins des entreprises et des individuelles de la population, il est impératif  de dynamiser l’acte entrepreneurial en créant un climat des affaires pour l’investissement permettant de créer des mico-entreprises, des PME et des grandes entreprises soit par le capital national ou le capital étranger (IDE).

1 commentaire
  1. Ahmed Nacer dit

    Tant que les nouvelles entreprises qui seront créées attendront d’être servies par la commande publique et ne paieront pas d’impôts, on ne verra pas la fin du tunnel. Les nouvelles entreprises doivent viser les ménages et les grandes entreprises et quelques PME. C’est la clé du succès.

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