La dégradation du littoral et de la qualité des eaux marines

Rapport national sur le développement humain 2020

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La longue histoire de l’eau en tant que bien social et ses effets négatifs ( pertes de ressources, surcoûts en santé publique ) suggère qu’une politique nouvelle soit mise en œuvre pour intégrer dans la conscience des groupes d’usagers et des citoyens, la nécessité de l’usage durable de la ressource en eau, désormais bien économique. L’approche intégrée de la gestion durable doit tenir compte des différentes pressions qui s’exercent tant du côté de l’offre que de la demande et nécessite des mesures appropriées, qui s’inscrivent dans le programme de réformes engagé : – Des réformes institutionnelles, afin de séparer les missions de service de celles qui incombent aux acteurs chargés sur le terrain des opérations de réalisation ou de prestation, incluant l’ouverture de la concession à des opérateurs de droit privé sous forme de partenariat ou de gestion concédée, – La restructuration de la tarification, pour parvenir à terme à la couverture effective des coûts, sans pour autant pénaliser les plus pauvres, – L’implication plus grande des groupes d’usagers et de citoyens, pour développer le nécessaire sentiment de responsabilité collective, – Le développement et la diffusion large de technologies et de pratiques économes en matière d’utilisation des ressources en eau. 

Les effets pervers induits par la « littoralisation » du développement et l’urbanisation non maîtrisée : L’occupation actuelle du territoire est essentiellement marquée par la très forte concentration des activités et du peuplement sur le littoral et par l’anarchie qui caractérise la forte poussée de l’urbanisation. Cette situation se traduit par : – une sur – occupation et des contraintes pour la frange côtière ( qui représente 4% de la superficie totale du pays) avec toutes les conséquences actuelles et prévisibles sur l’environnement, – des gaspillages, des pressions diverses et des problèmes sociaux, au niveau des villes elles mêmes, dont le développement n’est pas maîtrisé ni vraiment géré ( pertes de terres agricoles, pollutions, habitat précaire, quartiers marginalisés).

En outre, l’évolution de la population littorale et des activités économiques rend compte de la dégradation de la région littorale et de son aggravation : – plus des deux tiers de la population réside sur 4 % du territoire. Les wilayas côtières qui occupent 2 % du territoire concentrent 40% de la population. Le nombre de villes côtières de plus de 100.000 habitants, au nombre de six (06) en 1997, a depuis doublé. – une proportion importante de l’industrie nationale est implantée sur le littoral : 5.242 unités industrielles sur un total de 10.202, soit 51,49, selon un recensement de 1993. Dans le domaine agricole, les meilleures terres équivalentes à 1.632.000 hectares y sont également situées, drainant des flux migratoires relativement importants concernés par l’emploi agricole. Le tourisme balnéaire est le troisième facteur important. Il est marqué par son caractère national et sa concentration spatio-temporelle. Cette situation de sur occupation du littoral s’explique par des facteurs naturels (eau, sols, climat) mais aussi par des facteurs historiques ( héritages coloniaux, investissements post indépendance ) qui ont provoqué un exode rural au détriment des zones intérieures. Les pressions sur les zones côtières et leurs conséquences sont diverses : – la déperdition de terres agricoles : à elles seules, les trois régions métropolitaines côtières (Alger – Annaba – Oran ) ont perdu 21.250 hectares, soit 17% du total de leurs terres agricoles accaparées par l’urbanisation anarchique, – l’érosion côtière : sur 250 – 300 kilomètres de plages, 80 % connaissent une situation d’érosion explicable par l’accumulation des sédiments dans les barrages et les ports, l’extraction abusive de sable, la mauvaise occupation du rivage, – l’envasement des ports : en l’absence d’une politique de dragage et d’entretien régulier, les ports s’envasent et s’ensablent. Les volumes d’envasement et d’ensablement sont estimés à 20 millions de m 3 pour les 18 plus grands ports. – la dégradation de la qualité des eaux marines. Les apports telluriques de polluants sont importants. Le volume d’eaux usées non traitées qui arrivent dans les enceintes et rades portuaires est estimé à 1 million m3 / jour, avec des charges de pollution importantes : 88.000 tonnes par an de DBO 5 et 186.000 tonnes par an de DCO. En ce concerne les métaux lourds, cinq (5) ports dépassent les normes pour le mercure, treize (13) pour le plomb, quatre (4) pour le cuivre, quatre (4) pour le zinc et un (1) pour le chrome. Pour les hydrocarbures totaux, la quasi –totalité des grands ports présentent des pics qui dépassent les normes de référence. Enfin, cinq (5) ports sont situés au – dessus de la valeur limite pour la pollution microbienne. En dehors des zones portuaires, de nombreux sites sont interdits à la baignade pour la mauvaise qualité bactérienne des eaux ( 135 plages interdites de baignade en 1996 ).

Si la ville a été pendant un certain temps un instrument de développement économique et social, avec l’explosion démographique et la crise qui s’est installée durablement, les mutations se sont avérées trop rapides pour être contrôlées. Les extensions spatiales ont été très importantes pour des villes qui n’y étaient pas préparées sociologiquement : comportements urbains non acquis, déracinement culturel, non prise en charge des espaces connus, aggravation du malaise urbain. Avec le triplement de la population, une politique de réponse à une demande sociale sans cesse croissante en logement, a été privilégiée au détriment d’une approche multi-sectorielle de la ville insérée dans une politique d’aménagement du territoire bien réfléchie. 

Malgré les programmes importants de logements sociaux ( zones d’habitat urbain normalisé : ZUHN) et de lotissements, la demande ne pouvait être satisfaite. Selon les données du recensement (RGPH 1998) le parc de logements est estimé à 4,1 millions d’habitations . Le taux d’occupation par logement ( TOL ) est passé de 6,1 au début des années 1960 à 7,14 en 1998. 

Le TOL est en fait supérieur à 9 pour 55% des logements. Le déficit actuel est estimé à plus de 1 million de logements avec une demande supplémentaire de 600.000 logements à l’horizon 2020. Le rythme d’urbanisation a profondément modifié le cadre physico spatial de l’Algérie et a favorisé l’émergence du malaise urbain. L’expérience des ZUHN est significative à cet effet. Il s’agit d’extensions urbaines en rupture avec les centres existants, occupées par des logements dits sociaux, souvent dépourvues d’équipements collectifs, caractérisées par leur architecture monotone et répétitive. Plus de 100 agglomérations ont connu l’implantation de plus de 250 ZHUN, sur une superficie globale de 23.000 ha pour 650.000 logements réalisés. Ces ZUHN sont caractérisées par leur gigantisme et leur expansion rapide. Une ZUHN moyenne ( 100 ha, 3.000 logements ) correspond à 25.000 habitants, ce qui correspond à une urbanisation dans la même agglomération effectué en 100 ans. La politique du lotissement est un autre élément qui a contribué à façonner le paysage urbain et général par des extensions urbaines démesurées, notamment depuis 1974 avec l’avènement du monopole communal sur les réserves foncières. L’instruction de lotir 200 lots de 200 à 400 m2 par commune et par an a permis la cession de 400.000 lots, souvent à des prix dérisoires. Si cette politique a permis de déclencher la dynamique de l’auto construction, certes non maîtrisée, mais sans laquelle la crise du logement aurait été plus grave, les mêmes effets pervers que pour les ZUHN sont constatés. Les centres urbains existants connaissent une dégradation accélérée, compte tenu de la vétusté du parc, de la sur – occupation, de la politique des bas loyers et de l’absence de gestion (maintenance, entretien).

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