« Nous menons avec le FinLab une belle aventure d’innovation»

Le président de la COSOB abdelhakim Berrah

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Entretien réalisé par Ahcene Khellas

La Commission d’Organisation et de Surveillance des Opérations de Bourse (COSOB) ne cesse d’interpeller l’environnement économique et financier national sur le besoin d’innovation des mécanismes de relance du secteur financier en l’adaptant aux nouvelles transformations liées à l’introduction des nouvelles technologies numériques à grande échelle. C’est dans cette optique qu’elle organise en collaboration avec l’union des assureurs et réassureurs à Alger son sixième colloque sur l’Innovation en Finance « FinLab ». Pour mieux comprendre les enjeux de telle initiative, ses objectives et ses perspectives, Le chiffre d’affaires a rencontré le président de COSOB Abdelhakim Berrah avec qui il y eu cet entretien.

 

 

 

D’où elle est venue l’idée de créer un FinLab en Algérie et dans quel objectif ?

Ça fait depuis quelques années la COSOB a initié un projet de création d’un FinLab avec nos partenaires nationaux, tel que les assureurs et la bourse d’Alger et étrangers tel Paris EuroPlace et des professeurs de renommée internationale tel que jean Michel Biaco et Cristion de Boissur qui est le doyen de la Sorbonne, le conseil scientifique est présidé par le professeur Boukrami. C’est un lieu de réflexion, d’échange et d’anticipation. On essaye de réfléchir à ce qui peut arriver dans quelques années. La réflexion autour de la Fintech est lancée depuis quelques années au sein du conseil scientifique de la COSOB pour contribuer à la réflexion et créer un espace d’échange pour pousser les entreprises, les autorités et tous ceux qui sont concernés par ces technologies à développer un écosystème favorable à l’innovation. Nous travaillons en étroite collaboration avec le ministère chargé des startups notamment et des assureurs algériens. Nous avons commencé à travailler sur les conditions d’émergence et de réussite d’innovation, ensuite sur la Blockchain, puis nous avons vu qu’il est indispensable de ne pas se déconnecter des avancées technologiques et cela depuis 6 ans car la gestation est plus difficile. On a fait donc beaucoup de pédagogie et de vulgarisation, on a confectionné également un lexique et initié plein de formations avec l’institut de formation bancaire et d’autres partenaires car on ne peut rien faire sans une ressource humaine qualifiée. Tout ça est pour faire un écosystème cohérent qui puisse faire une passerelle entre le développement technologique et nous avec les acteurs du marché. Ce mercredi verra la signature du lancement officiel de ce FinLab (laboratoire de la finance). 

 

C’est donc un cercle de réflexion…

C’est plus qu’un cercle de réflexion , ça va incuber des startups et ça va être un réceptacle des demandes des acteurs du marché et un lieu de recherche, de développement et de financement et d’adaptation des technologies qui sont développées dans le monde à notre contexte. On sait bien que les entreprises d’assurance, de banque, de marché..etc, sont confrontées à des défis majeurs liés à la concurrence, l’adaptation, la transparence, la personnalisation de la relation client, un besoin immédiat des clients auquel il faut répondre en plus des contraintes extérieures telle que la lutte contre le blanchiment de l’argent et le financement du terrorisme, le levier principal est cette transparence et cette technologie qui permet des chemins courts et aux entreprises d’être compétitives et de maintenir les activités bancaires et assurancielles et de marché grâce à cette technologie. La demande est là, elle est forte et si nous ne prenons pas le train nous devons la subir et le FinLab est un des leviers importants pour ne pas couper et accentuer la fracture numérique qui n’est pas liée seulement à l’internet et à l’accessibilité aux machines mais elle est dans les contenus, dans le soft et les nations maintenant se font la concurrence dans ces domaines. Il y a évidemment d’autres espaces de réflexion mais la finance est très importante, c’est une industrie qui est tout de même très règlementée mais structurée contrairement à d’autres secteurs donc elle se prête bien au développement numérique. On sait bien que c’est un secteur obsolète miné par la bureaucratie c’est de là que vient la nécessité d’aller vers la transparence et la traçabilité qui ne peut se faire qu’avec le digital. 

Lors de la présentation du plan du gouvernement le premier ministre a insisté sur la réforme financière. Espérez-vous que votre action puisse trouver un écho favorable avec les pouvoirs publics ?   

Les politiques sont conscients des problèmes mais il faut qu’il y ait communication entre le haut et le bas de l’échelle et dans les deux sens pour savoir ce qui est faisable et dans quels délais et les moyens à mettre en œuvre c’est au techniciens, aux banques, aux assurances, aux marchés et tous les acteurs de l’écosystème d’avancer, de faire des propositions réalisables, concrètes et de dynamiser cette action. C’est vrai que le souci du politique est faire face aux contraintes de la crise multidimensionnelle et les contraintes internationales, sur les best practice, la traçabilité, les flux monétaires. Il y a des institutions qui travaillent sur le texte mais le texte n’est pas suffisant. Il faut donc créer cet écosystème, donner à l’université son rôle de réflexion, les think thank, les clubs de réflexion et les institutions doivent jouer leur rôle pour avoir la chance de s’en sortir car jusqu’à maintenant chacun travaille tout seul et la formation reste le dénominateur commun, pas seulement la formation universitaire mais les formations continues, pointues et spécialisées car parmi les causes de la bureaucratie c’est l’incompétence.

 

Pour la création de cet écosystème est ce qu’on a avancé ou il nous reste beaucoup à faire ?

On a beaucoup avancé mais je ne vous le cache pas il faut être réaliste il reste beaucoup à faire. Il y a plein de nouveaux métiers dans l’intelligence artificielle, la Blockchain, les sciences dures à de mathématique et d’informatique il reste beaucoup à faire, il reste justement à lier ce qui se fait dans l’université à ce qui se fait dans les entreprises. Le constat du Président de la république est claire quand il a parlé de beaucoup de gens qui ont des doctorats et des doctorants qui n’arrivent pas à trouver d’emploi par ce que les entreprises n’arrivent pas à les assimiler et l’université ne pense pas à l’employabilité. On forme pour avoir un besoin et l’université doit devenir ce creuset de recherche et de développement de réflexion et l’activité d’enseignement doit devenir accessoire devant l’activité principale qui doit répondre au besoin de l’économie et de la société dans son ensemble.

Nous sommes donc devant un nouveau né qui s’appelle GIE Algeria FinLab (Groupement d’Intérêts Economiques) est ce qu’on peut donner un aperçu sur ce groupement ?

Il est d’abord constitué par ses membres fondateurs au nombre de sept, qui sont le ministère chargé des startups comme membre non adhérent, la COSOB, la banque d’Algérie, et l’ensemble des entreprises qui forment ce FinLab, nous avons les compagnies d’assurance, la CAAT, la CAAR, la SAA, la CCR, plus Algeria venture et la bourse d’Alger, et puis ça va être ouvert à tout le monde qui veulent prendre ce train dans un deuxième temps. J’espère voir les banques nous rejoindre car elles représentent un grand besoin en terme de digitalisation, de recherche et la numérisation des services. Ensuite on peut créer d’autres FinLab et à ce moment-là ça sera des FinLab thématiques ou des laboratoires dans le même FinLab pour les marchés, assurances et banques, les trois piliers de la finance et ça sera le creuset de recherche, de développement de ces trois secteurs et qui sera également l’interlocuteur des autres acteurs du numérique et des universitaires. Lors du lancement nous avons invité l’université de Bab zouar notamment les professeurs qui gèrent l’incubateur, le département de mathématiques en suite il y aura des thèmes de recherche à l’université pour répondre aux besoins du FinLab qui va concentrer en son sein les besoins de compagnies d’assurance, de la bourse. etc. ce qui n’exclut pas que les acteurs aient leur propres recherche interne. La première application c’est de travailler sur les données pour qu’elles soient correctes, utilisable, interopérables. Il y a aussi un comité d’orientation formé des dirigeants de ces compagnies, du ministère des startups et de la COSOB pour diriger et orienter cette recherche. Et comme la recherche en Algérie est le parent pauvre nous espérons que ce FinLab contribuera à ce qu’il y ait une recherche appliquée qui viendra renforcer les assurances, la bourse et les banques pour qu’elles se développent et pour que nous en Algérie puissions produire du contenu et quelque chose qui est adapté au marché et aux besoins des clients et des entreprises. C’est une belle aventure, et c’est tout le monde qui a besoin de cela.   

Vous ne voyez pas que le climat politique en général a aidé à cette réticence des gestionnaires d’autant plus que le président a parlé récemment de craintes de prendre l’initiative chez les responsables de l’administration et les gestionnaires ?  

Effectivement les gestionnaires honnêtes ne veulent pas prendre l’initiative et ses risques par ce qu’ils ne sont pas couverts. On espère voir les textes arriver pour les aider. L’initiative stipule deux choses, la capacité de la prendre et de l’assumer et être protégé. Maintenant si on est compétent et on travaille dans un environnement digital où les choses sont claires, transparentes et traçables on fait un pas vers une certaine auto protection qui doit s’ajouter à une protection juridique car chaque acte de gestion peut être interprété de plusieurs façons, s’il n y a pas enrichissement personnel et détournement l’erreur en gestion n’est pas grave. On la fait tous les jours, et les gens ne sont pas foncièrement malhonnêtes, ils sont incompétents plus que malhonnêtes. Il faut laisser eux qui aiment ce pays travailler. 

Vous allez certainement sortir avec des recommandations afin de développer votre action davantage à partir de ce colloque…    

Ce n’est pas une fin en soi de lancer officiellement le FinLab, c’est le début de la deuxième phase, après la phase de gestation, de réflexion et de maturation qui a duré quelques années. Maintenant on passe réellement à la recherche, au développement avec l’adhésion des assureurs qui sont très volontaires et demandeurs. Pour l’instant il n y a que le secteur public, le secteur privé adhérera s’il le souhaite par la suite. On a le siège, les gens réfléchissent, il y a des correspondants dans chaque compagnie d’assurance de le FinLab, il y a un administrateur, les gens contribuent financièrement, nous travaillons avec des partenaires qui nous servent de catalyseurs, avec un centre de recherche en France qui nous aide avec des universitaires, nous avons un réseau de régulateurs arabes avec lequel nous travaillons notamment dans la formation, tous les ingrédients sont donc réunis. Maintenant il faut travailler.        

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