«Nous nous engageons à augmenter l’intégration locale»

Le Chiffre D Affaires Last updated Mar 15, 2021

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Entretien réalisé par Naima Allouche

Avec un nouveau ministère et un nouveau programme, le Directeur général du Cluster Énergie Solaire, M. Boukhalfa Yaici, espère que les énergies renouvelables auront leur place dans le nouveau modèle économique. Dans cet entretien, le DG révèle les engagements des entreprises du Cluster une fois ce programme mis en place et leurs craintes si le ministère ne prend pas en considération le savoir-faire acquis depuis 2011.

 

LCA : Est-ce que nous pouvons dire que 2021 est l’année de la production des énergies renouvelables, notamment l’énergie solaire en Algérie ?

Boukhalfa Yaici: Ces dernières semaines, un engouement des investisseurs a été constaté et nous avons remarqué que certaines organisations patronales s’impliquent dans ce domaine, en créant des fédérations, des commissions à l’intérieur même de ces organisations pour pouvoir gérer cela de près et le présenter aux entreprises qui doivent être au cœur de la transition et du pouvoir faire des alliances nécessaires. Ces entreprises doivent aller chercher les compétences, les expertises et les produits que nous ne fabriquons pas pour les installer et maintenir ce genre d’installation. 

 

Le Cluster va-t-il jouer son rôle dans la nouvelle politique énergétique ?

Bien sûr, depuis la création du Cluster en 2017, nous avons toujours été une organisation qui fait d’énormes propositions et qui touche les différentes parties des énergies renouvelables en général et en ce qui concerne les aspects industriel, formation, réglementaire, financier… Pour nous, en tant que Cluster, nous attendons depuis longtemps (2011) la mise en œuvre de ce programme qui, une fois lancé et maintenu pour une période de 4 à 5 ans, connaîtra énormément de choses positives en Algérie. Nous voulons attirer aussi les nouveaux investisseurs qui veulent investir dans certaines parties de cette industrie, pour nous permettre à terme d’exporter également dans ce domaine. Cluster est toujours dans une logique d’informer les acteurs internationaux qui nous sollicitent d’acquérir des informations pour investir en Algérie. Pour nous, la politique du ministère de la Transition énergétique doit être orientée pour aider les entreprises locales et c’est ce que nous espérons pour pouvoir fleurir et servir l’économie nationale. Maintenant, s’il y a une expertise, un service ou un composant dont le pays ou l’entreprise a besoin, c’est aux entreprises de faire à ce genre d’activité. 

 

Vous avez déclaré dernièrement que le Cluster disposait d’une feuille de route pour accompagner le programme du gouvernement. Quels sont les points forts de cette feuille ?

D’abord, il faut savoir que notre feuille de route nous l’avons calqué sur celle du gouvernement il y a très longtemps et qui avait avancé le besoin d’utiliser les énergies renouvelables pour créer un tissu industriel. Nous sommes inscrits dans cette logique et de nombreux investisseurs se sont engagés et ont créé des petites unités, par exemple de fabrication des panneaux solaires ou bien des structures métalliques pour pouvoir accompagner ce programme. Sur la feuille de route, nous voyons aussi un déploiement important des énergies renouvelables, c’est-à-dire ce que compte faire l’État dans les semaines, mois et années à venir c’est important pour nous pour avoir de la visibilité et sur les aspects industriels, nous nous engageons aussi à augmenter l’intégration des produits locaux qui composent, par exemple, le panneau solaire photovoltaïque. Aujourd’hui, le Cluster est composé de trente-cinq membres, dont des entreprises qui travaillent dans les différentes parties de chaînes de valeur, tels que des fabricants de panneaux solaires et des entreprises d’ingénierie et de réalisation, fourniture d’équipements et d’installateurs, des financiers et des assureurs et aussi nous avons de nouveaux membres : deux universités, deux centres de recherches et deux écoles supérieures. 

 

À combien les énergies renouvelables participent à la couverture de la consommation d’électricité en Algérie ?

Si nous voulons parler de combien d’équipements installés en termes de capacité, c’est vraiment dérisoire, c’est à moins de 2 %. Et si nous parlons de l’énergie, c’est encore plus faible. Nous avons constaté depuis 2011 que la production d’énergie reste majoritairement à base de gaz naturel. Entre 2011 et 2020, il y a eu l’équivalent de 11 000 mégawatts qui ont été installés avec tous cycles combinés, alors que le solaire est encore à moins de 400 mégawatts. Nous remarquons que l’écart est énorme entre les sources d’énergie pour produire de l’électricité et c’est vraiment dommage pour un pays comme l’Algérie.

 

Les pouvoirs politiques encouragent les projets relatifs aux énergies renouvelables. Est-ce que cet engouement est mérité par un savoir-faire en la matière ?

Le savoir-faire dans le service ou dans l’industrie ne pose pas de problème chez nous, puisque les industriels ont pris des engagements fermes vis-à-vis de l’État. Mais le contraire n’a pas été fait, c’est-à-dire l’État n’a pas respecté ses engagements depuis 2011, avec les différentes propositions des programmes depuis 2011, 2015 et récemment en 2020 avec le gouvernement de M. Djerad. De ce côté, les investisseurs se sont engagés en terme du savoir-faire qui est en train de se mettre en place, pour les projets par exemple de 50 mégawatts, les cinq entreprises qui avaient été retenues en 2012 sont toutes de droit algérien et elles sont en train de montrer leur compétence en matière d’ingénierie et de la construction. Il y a encore des choses plus intéressantes dans le domaine de l’innovation puisqu’il y a comme-même des produits locaux, à l’exemple des transformateurs qui étaient auparavant importés et qui sont à présent fabriqués localement, dans la wilaya de Tizi-Ouzou. Donc, il y a un savoir-faire qui est en train de se constituer et de se renforcer mais nous avons énormément de craintes. Si nous parlons d’ingénierie, nous avons un personnel technique formé qui fait un projet très ambitieux. Certaines entreprises risquent de connaître une rupture de marché et de pouvoir faire de nouveaux projets. Notre crainte est que s’il n’y a pas de nouveaux projets, nous allons perdre ces ingénieurs formés par nos membres, et comme ils ont acquis une bonne expérience dans ce qu’on appelle l’hybridation des centrales diesel, ils vont se retrouver sur le marché international. 

 

D’après vous, qui peut assurer l’accompagnement de la croissance énergétique pour éviter un autre échec dans la mise en œuvre de ce nouveau programme ?

Depuis un certain temps, nous avons eu des hauts et des bas dans ce domaine. Maintenant, il y a des prémices qui montrent que les choses vont aller dans le bon sens. Le fait qu’il y ait un ministère dédié aux Énergies renouvelables et à la Transition énergétique c’est un bon élément parce qu’auparavant, le ministère se baladait entre l’énergie et l’environnement, mais le dernier remaniement ministériel a démontré la volonté du Président de pousser cette partie de transition énergétique encore plus loin et cela veut dire que les pouvoirs publics sont vraiment impliqués dans ce changement. À présent, il reste à mettre en œuvre les différentes dispositions du plan d’action du gouvernement et de montrer réellement qu’il y a des choses concrètes qui vont se mettre en place et c’est pour cela que nous appelons souvent les pouvoirs publics et le ministre de la Transition énergétique, M. Chitour, à annoncer un plan de déploiement détaillé du programme des énergies renouvelables, puisque si nous parlons de 1 000 mégawatts en 2021, nous ce qui nous intéresse c’est de savoir ce qu’il va se passer en avril et mai prochains et durant tous les autres mois de l’année, parce que nous ne pouvons pas décider d’un coup de lancer des projets à 1 000 mégawatts sans qu’il y ait un environnement disponible. Nous appelons à ce que cette démarche puisse être partagée avec les acteurs pour que nous ne perdions pas encore du temps lorsque les appels d’offres seront lancés.

Le ministre a-t-il fait appel aux entreprises spécialisées dans le domaine ?

Nous avons eu une réunion avec le SG du ministère de la Transition énergétique et des Énergies renouvelables et avec le Chef de cabinet du ministre. Nous avons eu un échange très intéressant durant lequel nous avons entendu des éléments dire que le ministère compte faire une large concertation avec les acteurs concernés pour qu’ils puissent aussi donner leurs avis sur le déploiement de ce programme qui n’est pas encore divulgué à part le chiffre de 1 000 mégawatts en 2021. Nous sommes au mois de mars et nous aurions aimé avoir une sorte de planning, ne serait ce que pour cette année.

Le ministre Chitour a annoncé qu’il compte créer une entreprise, à l’image de la Sonelgaz, dédiée aux énergies renouvelables. Est-ce une bonne initiative ?

Il ne s’agit pas d’une entreprise comme la Sonelgaz. Les gens confondent en disant que c’est la Sonelgaz bis. Selon le ministère, c’est une organisation pour préparer le déploiement, donc ce n’est pas une entreprise de réalisation.

 

Quel est l’apport des énergies renouvelables en matière de développement économique une fois ce programme mis en œuvre ?

Pour nous, l’objectif de la transition énergétique doit nous amener jusqu’à l’année 2050 à un taux appréciable de l’économie d’énergie et de substitution de l’énergie électrique avec la technologie qui proviendrait des énergies renouvelables. C’est un challenge important pour la création des entreprises et des emplois, puisqu’il s’agit d’une œuvre de longue haleine qui nécessite des apports des uns et des autres pour construire une industrie locale, une industrie de produits mais aussi des services. Si le programme démarre correctement et il est maintenu à un rythme appréciable, nous sommes sûrs que les acteurs locaux seront intéressés d’aller en Afrique, surtout qu’il y a différentes façons de faire l’exportation. De l’énergie serait possible si des raccordements électriques se feront entre l’Algérie et d’autres pays subsahariens. Chose qui pourrait se faire mais dans un laps de temps un peu long. Donc, la première action qui doit se faire c’est d’installer des projets solaires dans la région.

 

Dans ce programme, la Sonelgaz est également appelée à la transition énergétique. Cette entreprise optera-t-elle pour le changement ?

Cette transition énergétique implique aussi beaucoup d’acteurs qui doivent évoluer dans leur manière de gérer l’énergie. C’est-à-dire que le choix de rester sur le gaz naturel ne peut pas continuer, y compris pour la Sonelgaz qui doit être accompagnée pour qu’elle fasse sa transition dans ce domaine pour que ce changement soit important et que les responsables soient vraiment convaincus que les énergies renouvelables représentent l’avenir du pays. Pareil pour l’entreprise Sonatrach qui doit revoir les différentes stratégies des uns et des autres pour s’adapter aux nouvelles donnes. Aujourd’hui, nous voyons que beaucoup de grosses entreprises, à l’image de Sonatrach et Sonelgaz, sont en train de changer leur modèle économique et celui de leur source énergétique. Elles sont en train de développer un large portefeuille qui inclut la production de l’énergie et pourquoi pas racheter d’autres entités d’énergie dans d’autres pays.

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