Plaidoyer pour un gouvernement de combat pour une sortie de crise

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Il est de notoriété publique qu’un pays qui n’innove pas recule. La situation du pays est, le moins que l’on puisse dire, arrivée à la croisée des chemins. 

Le peuple est mis dans une situation d’attente d’un changement du gouvernement. Oui, mais quel changement ? Si cela veut dire, remplacer un ministre par un autre ministre, serait désolant, impertinent et improductif.

J’ai souvenance du contenu de deux papiers parus, le premier dans Algérie Actualités, un hebdomadaire pluriel sacrifié par la pensée unique et le deuxième dans le quotidien El Moudjahid ; ceux-ci sont toujours d’actualité, alors qu’ils datent de près de quatre décades; il s’agit respectivement de «Le socialisme de la mamelle» de Noureddine Boukrouh et de «L’économie de bazar» de Ammar Belhimer. Entre les deux, les variantes et les variables évoluent selon une voie rectiligne, non fertile. En vérité, l’Algérie n’a pas vraiment changé par rapport à l’un et n’a pas vraiment changé par rapport à l’autre. C’est comme si rien n’a changé depuis. Pour revenir au constat amer d’aujourd’hui, il est prévu, en 2021, un déficit budgétaire de l’ordre de 17,6 milliards d’Euros (prévisions FMI, paraît-il). J’observe malheureusement qu’il y a, de moins en moins, d’activités politiques décentes et d’activités associatives animées. Le discours politique, économique et social audible, quand il y en a, émane de la présidence ou de l’administration. Les chantiers de développement, quand ils existent encore, relèvent ainsi de la seule administration bureaucratique. Tout discours d’espoir du gouvernement n’est que chimère parce que celui-ci est sur une chaise éjectable, au plus tard dans quelques semaines. C’est le diagnostic général des observateurs. Il est politiquement et intellectuellement admis que nul ne peut rendre un peuple heureux à son insu ; je paraphrase ici un grand professeur d’université.

Il est dit qu’un million de logements nouveaux sont prévus sur cinq ans. C’est évidemment une bonne chose mais, au départ, il était prévu de construire un premier million ; nous nous retrouvons avec quatre millions d’unités réalisées. Pourtant le pays vit encore avec la même crise de logements sur les bras. Il y a une grave inconnue dans l’équation. Le paramètre «démographie galopante» n’est pas pris en compte, l’Algérie est figée entre l’interdit et le haram. Selon une certaine orthodoxie, chaque enfant qui naît ramène sa part de richesse avec lui. Dorénavant, il faut dire que chaque enfant qui naît trouvera sa part de dette à payer. C’est aussi un pays qui produit à tout va des alcools pour les revenus énormes qui profitent aux caisses de l’Etat. Ce même Etat ferme ou laisse fermer en son nom les débits et magasins de revente alors qu’ils financent à leur tour des impôts. Quand un magasin ferme, pas moins de trois à six «mistate» s’ouvrent dans l’informel mais pas seulement pour l’alcool. L’Algérie des contradictions risque de vivre dans cette situation encore longtemps parce que nous, croyants d’aujourd’hui, consommons «halal» les richesses de nos enfants actuels et celles de nos enfants futurs.

Et, en ce moment, l’Algérie se prépare pour de nouvelles élections mais il n’est pas expliqué pourquoi faire ? Est-ce qu’il y a urgence ?

Des élections sans rupture mèneront logiquement aux mêmes résultats. La démocratie est un impératif mais pas pour un pays «en voie de reconstruction» pour ne pas dire au bord de l’implosion. Allah yarham Si Slimane Amirat qui disait bien qu’entre la démocratie et l’Algérie, je choisis l’Algérie. 

Qui va entériner la loi organique ?

Il est plutôt acceptable de la promulguer par ordonnance qu’à travers «un débat» parlementaire. Il peut y avoir un préjugé favorable au président qu’à un parlement reconnu devant les tribunaux comme représentant, en partie, de la chkara. Déjà que le prochain gouvernement serait attendu sur son originalité, sa particularité et son programme bien précis, avec des objectifs à court et moyen termes, il doit être visible et audible clairement dans le temps et dans l’espace. Je suis certain que ni le peuple, ni le Président ne peuvent se suffire d’un simple gouvernement dans lequel seront changés les femmes et les hommes qui le composent. Il sera normalement question d’une restructuration profonde pour un gouvernement de combat.

Je privilégie, en tant que citoyen, un grand ministère de l’Economie et des Finances pour réorganiser les capitaux marchands de l’Etat et s’assurer de leur fructification. Pour ce faire, ils doivent être tout près du centre de décision.

Ce ministère devra être doté de vice-ministres et de secrétaires d’Etat.

En l’absence d’entités politiques actives et représentatives, il y a lieu d’organiser des brainstormings avec des spécialistes et des universitaires pour déterminer les meilleures actions, les moins coûteuses politiquement, entre autres.

– Une politique monétaire conforme aux capacités intrinsèques et au potentiel réel de l’économie nationale.

  • La réévaluation du dinar (un nouveau dinar algérien ?) pour absorber la masse monétaire en circulation dans l’informel. 
  • Changer les gros billets de banque en donnant un temps nécessaire pour que l’argent thésaurisé revienne dans le circuit bancaire (réfléchir à une amnistie fiscale au profit de ceux qui remettront leur argent dans le circuit public. Feu Abdelhak Benhamouda me disait qu’il est partant pour une amnistie au profit de ceux dont l’argent a été expatrié à la condition qu’ils réintègrent «leur» argent dans l’économie du pays.
  • Recenser et réévaluer le niveau d’exploitabilité des zones industrielles et d’activités et faire participer les investisseurs à la mise à niveau de l’ensemble des sites.
  • faire un audit express des cessions des actifs des entreprises dissoutes, et restructurer l’ANIREF en lui définissant des missions conformes aux exigences exclusives des choix industriels de l’Etat.
  • Limiter les avantages ANDI aux seuls secteurs stratégiques de la relance. 
  • Il est aussi relevé que tout ce qui se dit sur la fiscalité locale est de la simple rhétorique parce que cela fait partie pratiquement d’un débat pour un projet de société. Quand l’administration centrale va-t-elle s’arrêter de penser à la place des élus locaux. 
  • Il faut certainement lâcher du lest en commençant par des réformes graduelles de la fiscalité locale.

A terme, les élus locaux répondront devant l’Etat des dettes publiques et devant les électeurs pour, éventuellement, l’augmentation abusive des impôts locaux ou insuffisance en matière de développement.

  • Sur un autre plan, un gouvernement de combat tiendra compte de la démographie et de la consommation abusive des surfaces agricoles. Pour cela, le secteur de l’urbanisme, de l’environnement doivent être considérés comme un secteur régalien pour arrêter le gaspillage des terres, la préservation de la nature et le développement de l’économie circulaire. Ce secteur peut être une autre source d’approvisionnement du marché en matières premières, issues des recyclages. Un secrétariat d’Etat à l’économie circulaire dopera la mécanique nécessaire aux investissements dans le domaine du ramassage des déchets ménagers et du recyclage.

Les Centres d’Enfouissement Techniques ont montré leurs limites.

Ces CET consomment des terrains et produisent du méthane en quantité non exploitable

L’urbanisation effrénée du foncier agricole au nord du pays plaide pour une séparation urgente du secteur de l’urbanisme et celui de l’habitat et de la construction en général.

Le problème est dû au manque d’orthodoxie dans la gestion de la surpopulation du nord.

Les gouvernements successifs régularisaient, chaque année, les plans d’urbanisme alors que ceux-ci sont projetés, au moins, à moyen terme.

Il est bien arrivé, et cela arrive presque tout le temps, que les pouvoirs publics construisent sur des terrains agricoles et régularisent plus tard ; il s’agissait de répondre à la demande pour des raisons politiques évidentes. Il fallait, à tout prix, acheter la paix sociale.

L’ensemble de vices de forme et de pratiques avaient été démontrés lors des débats autour de la loi d’orientation de la ville, qu’avait initiée l’ancien ministre délégué à la ville, el marhoum Abderrachid Boukerzaza.

L’aménagement du territoire, la planification et la prospective, unies, seront d’une grande utilité parce que complémentaires.

Il s’agit pour ce secteur de baisser la pression sur le nord du pays et peupler les hauts plateaux et le sud.

Il serait, d’autres parts, plus bénéfique de réunir des secteurs budgétivores en restructurant le  ministère du travail et des affaires sociales qui engloberait la gestion financières et sociales des moudjahidine, leurs ayant droit. Le ministère serait donc celui du travail, des affaires sociales et des solidarités. Il est grand temps que le secteur des sports soit structuré indépendamment de celui de la jeunesse. Il pourrait bien être le ministère des Sports scolaires et universitaire et de la performance. Un vice ministère prendra en charge la performance. Il va de même pour le ministère de la Jeunesse, de la Culture et du Tourisme. Il sera doté de deux secrétariats d’Etat : Le premier chargé de la culture et du tourisme, le deuxième sera chargé de la production audiovisuelle et de l’industrie cinématographique. Le financement de ces secteurs viendra, entre autres, de la récupération de l’argent confisqué dans le Baossem et du Pari Sportif Algérien qui doit se restructurer, innover et permettre aux gens de rêver. A charge pour l’Etat de «halaliser» ses activités.

Il est bien admis chez nous de tirer au sort les futurs hadjis allant jusqu’à priver des personnes aptes à faire leur pèlerinage et qui décéderont avant que le hasard ne les tire au sort. L’Arabie Saoudite régule le Hadj selon ses capacités matérielles alors que celui-ci est ouvert à tous les musulmans qui ont la capacité de le faire. Le Pari Sportif Algérien devra être revu pour le moderniser parce que les pouvoirs publics ne peuvent se contenter de regarder la misère de jeunes sans rêves. Deux autres grands secteurs retiennent mon attention et en tant que militant, je me sens interpelé. Il s’agit du secteur de l’énergie et des mines. Les mines n’ont rien à voir avec l’industrie ; celui-ci vient d’annoncer l’autorisation d’importation des véhicules pour saigner  le peu d’argent qui reste. Le ministère de l’Energie et des Mines doit être doté d’un secrétariat d’Etat aux énergies nouvelles, à commencer par l’énergie solaire, au Sahara, spécialement dans les zones rocailleuses ou difficiles à mettre en valeur. Le secteur de l’agriculture rencontre un problème majeur, celui du foncier agricole saharien. Il devra résoudre administrativement toutes les surfaces dont les propriétaires ne disposent que d’acte sous seing privé. Je ne privilégie pas du tout la solution définitive pour ne pas brader les terres publiques, ni déposséder les détenteurs des titres non reconnu après 1970. Je  propose pour cela, un recensement rapide de ces terres, de permettre à ceux qui en revendiquent la propriété d’exploiter ces espaces, de s’associer ou même de louer à d’autres exploitants ayant des capacités financières pour une période de 10 ans. Ce sera, normalement, un temps suffisant pour que les pouvoirs publics fassent aisément les enquêtes nécessaires. La satisfaction, dans ce cas, est que l’Algérie n’aura pas perdu 10 années en regardant passivement les grandes étendues fertiles en jachère pour ne pas dire en déshérence. Ce sont quelques points qui peuvent représenter de vraies pistes de  débats féconds. Aucun pays au monde ne peut être dirigé en dehors d’une vie politique et d’une vie civile bien que des velléités royales ou dictatoriales aient eu lieu, un peu partout dans le monde, sans résultats. Ce genre de programme requiert des soutiens des élites, des politiques et la société civile. Il faut chercher ce soutien, le susciter, le provoquer ; toutes les voies devront être explorées. Avec les radios locales et chaque matin le gouvernement peut être avec la ménagère, c’est à dire, la mère, l’épouse, la grand-mère, la fille et les automobilistes sans parler de la diaspora par Internet. Ceci dit, pourquoi ne pas refonder le secteur de la communication en lui joignant dans un esprit solidaire et synergique, le numérique et les télécommunications. Est-il nécessaire de préciser que la bataille du développement technologique est aussi une bataille du contenu ? Le gouvernement ainsi restreint gagne au départ le facteur temps. Le centre de décision est unifié et est débureaucratisé. Il n’est plus «essaimé», disait-on, il ne sera plus dispersé. Un Etat moderne ne s’accommode pas avec une économie rentière et ceux qui pensent aux fonctionnaires qui se retrouveront en marge de ce déploiement feront bien de chercher, de réfléchir à recycler les compétences dans le circuit économiques ou à s’investir dans les autres segments économiques, les services, l’industrie, le commerce, l’agriculture ; tous les secteurs d’activités vivent des déficits pluriels en compétence, en savoir faire. N’oublions surtout pas que la Caisse Nationale es Retraites va faire faillite. Ce sera pour nous tous, sans exception aucune, une faillite politiquement frauduleuse. Le pasteur Martin Luther King disait, à peu près ceci : «La nuit ne pousse pas la nuit, c’est la lumière qui pousse l’obscurité.» Je ne peux conclure mon humble contribution qu’en appelant à limiter le train de vie de l’Etat, ensuite à diminuer le train de vie de l’Etat et, enfin, à en faire de simples articles dans les grandes dépenses régaliennes d’Etat fort par ses mérites et seulement par ses mérites. Prions ensemble pour que Dieu, le clément et miséricordieux, guide chaque Algérien vers un destin d’unité, de santé, de prospérité et de paix de l’âme.

Abdelhamid Benhamla

2 commentaires
  1. Chérif Ouldhocine dit

    Ce que vous développez est intéressant et suscite le debat, reorionter l administration vers ses missions originelles dégraisser le contenu et les » formes  » du gouvernement né sont pas choses aisées de surcroît existe t il encore de nos jours des hommes et des femmes aptent…..la problématique du secteur de l’agriculture est très complexe et ne se limite pas seulement à l’épineux dossier du foncier, les systèmes de production, l’hydraulique agricole, le financement, la mécanisation, la formation et les qualifications, les taux de renouvellement, la sécurité sociale dumonde de l agriculture, les niveaux de revenus et la mise en marché des produits agricoles couplés aux régimes des importations des produits alimentaires sont autant de sujets de réflexion pour ne citer que cela….il est urgent de prendre en main la restructuration profonde de ce secteur névralgique…..

    1. LCA dit

      MERCI POUR VOTRE INTERVENTION L’ALGÉRIE DOIT RECRUTER SUR LA BASE DES COMPETENCES ET TOUT RENTRE EN ORDRE IL FAUR OUBLIER LES ANCIENES PARTIQUES

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