Pourquoi viser le 100 % EnR en Algérie ?

Changement climatique, énergie et environnement

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Pourquoi viser le 100 % d’énergies renouvelables en Algérie ou plutôt pourquoi développer les énergies renouvelables en Algérie ? Selon le rapport de l’UNECA 2011, l’Algérie, pays central en Afrique du nord, a, depuis son indépendance en 1962 et surtout après le premier choc pétrolier des années 1970, profité abondamment des énergies carbonées (gaz et pétrole) renfermées dans son sous-sol. Ces énergies carbonées ont représenté et représentent 95 % des recettes en devises du pays et plus de la moitié de son PIB (UNECA 2011). L’économie du pays, dépendant presque exclusivement de ces énergies, subit négativement de plein fouet toute baisse du prix de ces énergies sur le marché mondial, comme elle subit positivement toute embellie de ces prix sur le marché mondial. Avec le temps, les réserves ont commencé à s’épuiser alors que les besoins du marché national augmentaient particulièrement pour le gaz qui assure l’essentiel de la production de l’électricité. Ceci a coïncidé presque simultanément avec l’avènement du gaz de schiste ou shale gas et il s’est avéré que l’Algérie renfermait d’importantes réserves de cette énergie dans les schistes ou les roches mères, roches mères qui avaient elles-mêmes généré les hydrocarbures conventionnels. Nous avons appris que l’Algérie possédait les troisièmes réserves mondiales. Ces informations nous ont été communiquées par les instances géologiques américaines basées probablement sur un survey par satellites. C’était l’aubaine puisque ce gaz de schiste arrivait à point nommé pour relayer la baisse des réserves de gaz conventionnel et l’augmentation des besoins en gaz très sollicitée par une croissance à deux chiffres de la consommation électrique. Simultanément, un regain d’utilisation des énergies renouvelables s’est produit, surtout l’éolien et à moindre mesure le solaire pour faire face aux désordres climatiques que la Planète subissait et qui prédisait un avenir sombre pour les générations futures. Il faut à ce point souligner que ces désordres climatiques étaient dus presque totalement à une utilisation effrénée des énergies carbonées. À cette époque, les prix mondiaux élevés de l’énergie ont mené à un développement important du gaz de schiste et par la même occasion du pétrole de schiste, particulièrement aux USA (permettant la quasi-autosuffisance en énergie alors que ce pays était largement importateur).

D’autres pays plus soucieux de juguler les désordres climatiques ont opté pour le développement des renouvelables. Cela permettait aussi à ces pays d’alléger leur facture énergétique tout en augmentant la production domestique (la Conférence de Paris, à l’unanimité, a recommandé la limitation de la croissance de la température mondiale pour éviter de probables catastrophes dans l’avenir). L’Algérie, troisième réserve mondiale de schiste d’après des sociétés géologiques américaines, s’est révélée aussi être un pays capable d’alimenter toute la planète en électricité solaire ou en électricité verte. Par sa superficie, l’Algérie peut aussi bien développer le photovoltaïque que le solaire thermique. Des différences importantes existent entre les deux sortes de développement. Même si l’Algérie est classée troisième réserve mondiale de schiste (ce qui reste à démontrer par des études et des travaux), elle occupe sans aucun doute les tous premiers rangs mondiaux en solaire. La différence de taille est que le gaz de schistes est une réserve finie alors que le solaire est une réserve infinie (ou tout au moins tant que le soleil éclairera la planète). Sans parler de la technique de production du gaz de schiste par fracturation hydraulique qui sollicite grandement les ressources en eau, surtout pour un pays en stress hydrique comme l’Algérie. Il faut aussi noter qu’il existe une troisième source d’énergie qui respecte les données climatiques. Il s’agit du nucléaire, qui souffre cependant de bien des aléas comme par exemple le traitement des déchets nucléaires. De plus, l’incident de Tchernobyl, après celui de Three Mile Island aux Etats-Unis, a beaucoup entamé le crédit du nucléaire qui a été durement touché, pour ne pas dire presque discrédité après l’incident de Fukushima. Pour l’Algérie, le choix résidait entre le schiste et le solaire. Le gaz de schiste ainsi que le pétrole peuvent, pour un laps de temps limité, faire face aux soucis que sont la baisse des réserves du conventionnel et l’augmentation continue de la demande interne. Cependant, que deviendra cette demande si l’industrie qui n’occupe qu’une place limitée dans la constitution du PIB connait la croissance qui est souhaitée ? Ils devront être produits à un coût acceptable, laissant la possibilité au pays de réduire ses dépenses et non de produire à des coûts avoisinant le prix mondial ou le dépassant. Si tous les clignotants sont au vert, le schiste ne peut constituer une solution que pour un temps limité, car à l’instar du conventionnel, le gaz ou le pétrole de schiste n’offre que des réserves restreintes. Ce n’est pas le cas des renouvelables (comme leur nom l’indique) que sont le solaire principalement et l’éolien pour l’Algérie. Les réserves sont infinies et comme nous l’avons dit plus haut, tant que le soleil éclairera à chaque aurore la planète, l’énergie solaire sera disponible. Il en sera de même pour l’éolien qui résulte de vents qui existent depuis la naissance de la planète. Les coûts du schiste se sont révélés prohibitifs, surtout depuis la crise que nous vivons avec la pandémie. On a vu, ainsi, des sociétés réputées insubmersibles déposer le bilan après quelques semaines de baisse des prix de l’énergie à l’international. Parallèlement, le coût de production du kilowatt à partir des renouvelables concurrence sérieusement le coût de production du kilowatt à partir des énergies carbonées (principalement le gaz). Son prix de revient est à présent inférieur, même en tenant compte des coûts de l’intermittence. En effet, aussi bien le solaire que l’éolien ne sont pas disponibles en permanence (nuit ou période sans activités venteuses mais ce désavantage est déjà pris en charge avec beaucoup de succès. Pour l’Algérie, les énergies carbonées encore disponibles pourraient de toutes façons éviter le désagrément de l’intermittence en cas de développement des renouvelables jusqu’à maitrise des techniques de stockages. Par ailleurs, les énergies carbonées (pétrole en particulier) semblaient indétrônables pour l’activité transport. Or, nous constatons que pour une large part, l’automobile, l’hybride d’abord et le tout électrique à présent, la place centrale du carboné est surfaite. On évoque déjà des avions à neutralité carbone et bientôt des navires ! En résumé, du fait de réserves infinies et de coûts limités et concurrentiels, les renouvelables en Algérie s’imposent avec évidence d’autant plus que l’électricité verte produite en abondance pourrait devenir un argument d’exportation. Pourquoi ne pas imaginer dans un avenir proche les deux rives de la Méditerranée reliées par des câbles de transport de l’électricité en courant continu. Bien sûr, au-delà de ce que nous venons de dire, le développement du renouvelable en Algérie permettrait sûrement d’atténuer des effets du changement climatique. L’Algérie doit, à l’instar des autres pays, apporter sa contribution à la lutte contre les désordres climatiques et l’augmentation de la température. Par sa nature infinie, le renouvelable sera bénéfique pour le pays et lui apportera une réponse définitive au problème posé par le manque de sécurité énergétique. Si les énergies carbonées ont apporté une large contribution au règlement du problème de l’emploi, le renouvelable constituera, lui aussi, une importante source de création d’emplois de faible degré d’appréciation ainsi que d’emplois nécessitant des formations de haut niveau. Ce double caractère favorisera la participation locale et stimulera le développement social. Enfin, outre le fait de résoudre le problème crucial de disponibilité énergétique à un coût acceptable, le développement des renouvelables limitera la pollution atmosphérique et permettra d’apporter sa contribution à l’amélioration de la santé humaine. 

Tewfik Hasni, Redouane Malek

 et Nazim Zouioueche janvier 2021

 

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