Projet d’appui a l’initiative Enpard méditerranée Une politique de développement agricole forte et ambitieuse

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Par Omar BESSAOUD

En phase avec les défis précédents, la volonté de l’Algérie est d’assigner au secteur agricole et aux espaces ruraux des fonctions productives durables, génératrices d’emploi, de revenus et en mesure de contribuer à rééquilibrer la balance commerciale de produits agricoles afin de réduire la forte dépendance du pays aux importations alimentaires.
Dans ce cadre, l’Algérie a mis en place, depuis les années 2000, une politique visant l’amélioration de la sécurité alimentaire nationale, le développement de certaines filières agricoles prioritaires et la mise en valeur de terres. Cette politique a été mise en oeuvre au travers de différents plans nationaux façonnés au rythme des fluctuations des recettes pétrolières, dont notamment le Programme National de Développement Agricole (PNDA 2000-2010), la Politique de Renouveau Agricole et Rural (PRAR 2010-2014) et aujourd’hui, le Plan FELAHA 2014-2020.
Les mesures prises jusqu’à présent ont notamment trait au soutien des prix à la production, à des mesures incitatives à l’intensification par une utilisation accrue des facteurs de production (eau, engrais, machines, matériel d’irrigation…), au financement de plans de développement de filières clés, ainsi qu’à la mise en valeur des terres.
L’adoption du Plan National de Développement Agricole (PNDA) va amorcer au début des années 2000 la réhabilitation du secteur agricole et en faire, après le secteur des hydrocarbures, le premier secteur bénéficiant des plans de relance de l’économie nationale. Les mesures de politique agricole vont se multiplier à la faveur de l’aisance financière résultant des cours internationaux élevés du pétrole (plus de 100 dollars le baril jusqu’au milieu de 2014). Cette aisance autorisera l’Etat à consentir de fortes dépenses d’investissement en faveur du secteur agricole.
La matrice des programmes de la « Politique nationale de développement nationale » (PNDA) adoptée en 2000, et rebaptisée « Politique de Renouveau Agricole et Rural » (PRAR), en 2008, se construira au rythme de la croissance de la rente pétrolière, les principales innovations portant à la fois sur le cadre légal et sur les instruments financiers.
Le renforcement du cadre légal a été assuré par l’adoption par l’Assemblée Populaire Nationale de deux lois importantes : la loi d’orientation agricole n°08-16 du 03 août 2008, loi-cadre d’inspiration libérale constituant le socle de la nouvelle politique, et de la loi n° 10-03 du 18 août 2010 fixant les conditions et les modalités d’exploitation des terres agricoles du domaine privé de l’Etat . Cette dernière loi ouvrait la voie, d’une part, à la concession des terres (40 ans renouvelables) aux exploitants privés, et d’autre part, au partenariat public-privé.
L’examen des lois de finances des années 2000 à 2015 permet d’identifier les multiples fonds de soutiens dédiés à l’appui à la mise en valeur des terres, à l’utilisation des intrants et matériels agricoles, à la production agricole et à la transformation (en particulier des céréales et du lait), à la régulation des produits de large consommation, et enfin au soutiens à la consommation des produits alimentaires de base (pain, lait, légumes secs, huiles et sucre)13.
Ces dotations budgétaires s’additionnent au fonds de soutien dédiés à la compensation (garantie des prix des céréales, du lait cru, de la tomate industrielle et des produits agricoles de large consommation tels que le pain ou le lait en poudre importé). L’Etat a ainsi, d’une part, diversifié les sources et produits financiers dédiés aux secteurs agricole et agro-alimentaire, et d’autre part, accordé des avantages afin de rendre plus attractif le secteur agricole aux investisseurs privés (prêts bonifiés, fiscalité avantageuse, soutien aux intrants et matériels).
La politique publique agricole affichée en 2008 va être consolidée par une série de mesures structurantes mises en oeuvre lors du plan quinquennal 2010-2014. Ces mesures visent l’intensification et le développement de filières de production dites stratégiques (céréales, pomme de terre, lait), le renforcement des actions de mise en valeur des terres, la diffusion des techniques d’irrigation économes en eau, la lutte contre la désertification et la protection des ressources naturelles, et enfin le renforcement des capacités humaines et techniques du secteur.
Parallèlement, une politique de prix garantis a été arrêtée par l’Administration agricole. Les prix garantis pour les céréales ont été fixés en 2009 à des niveaux supérieurs au cours mondiaux. Les prix à la production des blés durs sont fixés, compte tenu de la dépréciation du dinar algérien ces 10 dernières années, sont fixés à 380 USD/ la tonne pour le blé dur, à 290 USD/la tonne pour le blé tendre et à près de 210 USD/la tonne pour l’orge. Il existe aussi d’autres mesures d’appui à la filière céréales : soutien des prix aux intrants, aux machines, au crédit et à l’irrigation d’appoint. Les produits céréaliers sont cédés aux transformateurs (semouleries et minoteries) à des prix inférieurs aux prix de cession des producteurs.
Des mesures similaires sont prises au profit de la filière lait. Les programmes de soutien intègrent la promotion de l’investissement à la ferme, de l’insémination artificielle, et la création de mini-laiteries. Mis en place en 2008 le dispositif de soutien à cette filière comprend également des primes à l’intégration du lait cru accordées tout au long de la filière (production, collecte et transformation). Des subventions sont accordées à la production de l’alimentation des vaches laitières (luzerne, maïs fourrager, ensilage…) en vue d’encourager les opérateurs à développer ce maillon faible de la filière que constitue l’alimentation animale.
Les produits agricoles de large consommation (pomme de terre, ail, oignon, viandes) bénéficient du système de régulation des produits agricole de large consommation (SYRPALAC) mis en place au cours de l’année 200814.
Le plan quinquennal 2015-2019 est décliné pour le secteur agricole sous l’expression de « Plan Feaha 2019 ». En dépit des restrictions budgétaires résultant de la baisse des recettes pétrolières enregistrées par l’Algérie depuis 2014, l’essentiel des principales orientations arrêtées par la PRAR sont reconduites. Les axes retenus par le « Plan Felaha 2019 » restent : i) le maintien des efforts de renforcement et d’élargissement de la base productive, ii) la poursuite de l’intensification des productions agricoles et agro-alimentaires, iii) le renforcement des mécanismes de protection de la production nationale, vi) l’intensification des actions de préservation et de valorisation des ressources naturelles et, vii) la poursuite du renforcement des capacités humaines et de l’appui technique (MADRP, 2017). Le « Plan Felaha 2019 » affiche clairement l’objectif de création de modèles d’exploitations intégrées fondé sur un système productif intensif disposant de capacités de stockage, de transformation et de valorisation des produits agricoles. Il prévoit la création de 350 fermes intégrées de grande dimension avec des concessions de terres qui portent aujourd’hui sur des dizaines de milliers d’ha. En 2016, 350 000 ha ont ainsi été attribués dans le cadre de la mise en valeur, dont 200 000 ha ont été validés par la Cellule centrale du MADRP au profit de 1 266 investisseurs (céréales, lait, élevage ovin et arboriculture) ; 650 000 ha sont en cours d’étude et 35 projets de grandes fermes laitières ont été mis en place. Le partenariat privé/public est fortement encouragé, et des actifs des fermes pilotes gérées par l’autorité publique sont transférés aux investisseurs privés. L’une des concessions les plus importantes du pays (37 000 ha) a été accordée à un investisseur privé algérien associé à un partenaire américain.
( à suivre)

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