Quel rôle pour la démarche qualité de certification

Opérationnaliser la Performance Globale des Entreprises

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Par Mehdi HADDADEN ET Rabah KECHAD 

Dans un contexte marqué par des préoccupations sociales et environnementales croissantes, les notions de la responsabilité sociétale et de la citoyenneté se sont intégrées petit à petit dans le vocabulaire commun des entreprises. Apparue à la fin du XXe siècle sous l’initiative du pacte mondial, cette nouvelle réflexion incite l’entreprise à adopter des attitudes responsables en s’engageant à intégrer et à promouvoir plusieurs principes ayant trait à l’économie, à l’homme et à l’environnement. Ces préoccupations rejoignent aujourd’hui le sujet des discussions académiques sous le nom de la RSE, un phénomène conjugué à une prise de conscience croissante des enjeux sociétaux qui apporte une nouvelle configuration de la performance d’une entreprise. L’entreprise algérienne, loin d’être épargnée par ce nouveau concept, voir même attirée par cette nouvelle approche de la performance qu’il implique fera l’objet de notre terrain de recherche en tentant de voir alors de quelle manière il serait possible et convenable d’arriver à mettre en œuvre une démarche RSE au sein de cette dernière ainsi que « d’opérationnaliser » ses indicateurs de performances. Les démarches qualité, un autre concept qui a fait l’apparition comme une conception managériale évolutive et une discipline organisationnelle qu’adoptent les entreprises afin de s’inscrire dans une logique d’amélioration continue et s’orienter vers une performance globale et durable. Pour les entreprises issues d’économies émergentes notamment les entreprises algériennes, l’importance de s’inscrire dans une démarche qualité est primordiale (Ishikawa, 1996) d’ailleurs, elle se présente comme une pratique de plus en plus courante en prenant des initiatives de s’engager volontairement à se certifier à des cadres normatifs complexes et varies qui font référence à la fois à l’entreprise, à la société et à l’environnement, un contexte qui illustre bien l’élargissement de ses dimensions et des champs de préoccupation. La RSE et la qualité, deux concepts complexes et riches, intimement liés, occupent une position centrale dans l’entreprise « moderne ». Cherchant alors à mieux comprendre comment et dans quelle mesure une démarche qualité accueille cette nouvelle réflexion liée à la performance globale (sociétale) ainsi que l’apport de la qualité comme l’un des facteurs fondamentaux d’un vaste mouvement de promotion des pratiques managériales sur la maturité des entreprises en termes de responsabilité sociétale constitua l’axe central de notre article.

Partant de ce préalable, nous trouvons légitime de s’intéresser à la manière dont la certification aux cadres normatifs impacte positivement la mise en œuvre d’une démarche RSE traduite par une performance globale et formaliser notre problématique et dire : peut-on considérer la certification aux différents cadres normatifs comme des étapes pour l’apprentissage de la RSE évaluée par une performance globale de l’entreprise ? Pour répondre à cette question nous posons comme hypothèse : la certification aux normes qualité peut être considérée comme une phase d’initiation à la démarche RSE permettant de faire progresser les indicateurs de la Performance Globale de l’Entreprise. Par le bais d’un cadre théorique et une étude empirique, la présente étude a pour objectif d’établir des passerelles et des liaisons entre les démarches qualité de certification déjà mise en place dans les entreprises algériennes et les démarches nouvelles de RSE, cela permettra à ses dernières de bénéficier d’un effet de levier sur leurs expériences du management de la qualité et de l’utiliser pour faciliter le passage vers une plus grande prise en compte des enjeux de la RSE. Pour étudier l’hypothèse de recherche avancée, le choix a été orienté vers une étude comparative entre trois cas d’entreprises algériennes, une étude qui nous servira d’un cadre pour analyse quantitative, permettant à la fois de récolter un panel de données et d’en exploiter les statistiques. 1. La responsabilité sociétale de l’entreprise La RSE en tant que nouvelle réflexion managériale gagne de plus en plus d’acceptation et il se diffuse à grande échelle tant sur la sphère académique que celle des entreprises. Comme le souligne bien P.F. Drucker « N’assistons-nous pas à un changement dans la nature de l’entreprise et ses responsabilités ? Peut-on dire que l’entreprise s’est finalement dirigée vers le social de sorte que l’intérêt public soit devenu son intérêt privé ? » (Drucker P.F., 1957 in Mansour, 2011, p.02) Cette réflexion nous conduit à nous interroger sur le but et la finalité et le rôle de l’entreprise et de ses interactions économiques : pourquoi l’entreprise existe-t-elle ? À l’ère de la RSE, l’intérêt s’accentue de plus en plus autour de la notion de la performance de l’entreprise, la RSE ou ce mouvement qui questionne la réalité de l’entreprise : sa finalité et ses missions, a conduit, depuis quelques années, à s’interroger sur la nature, le contenu de ce concept voire même les modalités de son évaluation. 

Remettant en cause la logique classique de la performance, une logique économico-financièrement centrée, implique la prise en compte de divers enjeux et préoccupations d’ordres sociales, politiques et environnementales. C’est dans ce contexte particulier qu’a émergé le concept de performance sociétale ou globale des entreprises (notée PGE dans ce qui suit). Une notion qui s’inscrit solidement dans cette langue réflexion sur la RSE. Le concept de performance globale est mobilisé dans la littérature managériale pour évaluer la mise en œuvre par l’entreprise des stratégies annoncées de développement durable, renvoyant ainsi à une conception holistique de la performance (Capron et Quairel-Lanoizelee, 2005). En effet, nous consacrons cette revue de la littérature à montrer l’émergence de la notion de la performance sociétale comme un véritable argument de la RSE face à cette résistance à laquelle elle fait face tout en éclairant son fondement théorique, ces modèles conceptuels et outils de mesure.

La performance d’entreprise, conceptualisation 

La notion de la performance a toujours été ambiguë, peu définie d’une manière explicite. Elle désigne l’action, son résultat et son succès. Bourguignon (1995) présente une toute première tentative intéressante pour la définition de la notion en regroupant les trois sens recensés ci d’après et lui reconnaît explicitement son caractère polysémique (Douhou, Berland, 2007). Ainsi la performance peut se définir comme « la réalisation des objectifs organisationnels, quelles que soient la nature et la variété de ces objectifs. Cette réalisation peut se comprendre au sens strict (résultat, aboutissement) ou au sens large du processus qui mène au résultat (action)… » (Bourguignon, 1995). Il convient à présent de s’intéresser à sa mesure. Comment mesurer la performance d’une entreprise. La logique financière, la première à se présenter, offre une solution, mais qui est depuis longtemps problématique.

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