Quelle réflexion socio-économique ?

L’économie solidaire

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Dr. GASMI CHAKER FSECG – Université de CHADLI BENDJEDID -El-Tarf

La première règle est la plus spectaculaire : le pouvoir dans l’économie sociale n’est pas réglé par l’apport en capital, mais par l’adhésion des personnes. C’est d’ailleurs ce qui justifie le nom d’économie sociale, si l’on veut bien rattacher « sociale » à son étymologie latine (socius : allié, associé), et fait parfois parler de « sociétés de personnes ». 

L’économie sociale est l’expression d’abord de la libre volonté de personnes qui s’associent dans une entreprise commune, pas nécessairement d’ailleurs dans un but économique, et qui décident de gérer leur association selon le principe démocratique. Historiquement, elle est née plus précisément de la volonté de s’associer autrement que comme « actionnaires » d’une entreprise, ou d’être associés par pouvoir extérieur : comme « concitoyens » ou comme « salariés ». Pour A.Lipietz, La deuxième règle, stipule qu’une partie au moins du produit de l’entreprise commune ne peut faire l’objet d’une appropriation ou d’une rétrocession aux associés. L’entreprise se voit ainsi peu à peu doté d’un capital propre qui fonde son existence autonome, indépendamment du décès ou du retrait de ses fondateurs et de leurs successeurs. Déjà, au niveau économique, l’entreprise de l’économie sociale « fait société » ou communauté. Son capital, au sens comptable, est un capital social au sens de Putnam. La troisième règle est la contrepartie de deuxième : elle veut dire sur le fond que le but de l’association n’est pas le profit de ses membres, même si elle leur assure un mieux-être, voire un revenu, mais le projet social proposé à leur entreprise. Exprimée formellement, cette règle qui n’est pas toujours aussi contraignante, les coopératives pouvant faire des profits et les redistribuer à leur sociétaires : elles sont juridiquement « lucratives » a subi au cours de l’histoire des interprétions de plus en plus souples. « Non lucratif » signifiait au début du 20e siècle « ne fait pas de bénéfice », l’interprétation actuelle est celle qui vient d’être donnée: « peut dégager un excédent, mais le réinvestit dans le but social de l’entreprise ».

On tend de plus en plus à introduire, d’ailleurs, une notion nouvelle : celle de « gestion désintéressée », qui signifie que la direction de l’entreprise ne cherche à réaliser de profit ni pour elle-même, ni pour des tiers, même si elle s’assure une rémunération « normale » correspondant à sa qualification et à son travail. Cette troisième règle, combinée à la deuxième, spécifie l’économie sociale au sein de l’économie marchande. Marchande, elle l’est tout à fait (du moins les coopératives, les mutuelles, et celles des associations qui ont une activité économique), elle vend des biens et des services, à ses membre comme à des non-membres. Ce qui la distingue, dans le champ de la concurrence, c’est qu’elle n’agit pas en fonction du profit dégagé. Sur ce point, aucun argument de « concurrence illégitime » ne devrait lui être opposé : le choix du taux de marge (nul ou faible dans son cas) est une prérogative absolue de tout entrepreneur marchand 6 ! Le deuxième terme qui nous intéresse dans ce papier, est celui de l’économie solidaire, ce terme me semblait simple, facile et compréhensible mais en réalité il est de la même complexité que celui de l’économie sociale, qu’entendons-nous par économie solidaire ? A-t-elle les mêmes fondements de l’économie sociale ? A-t-elle les mêmes caractéristiques ? Quelles sont ses origines ?

L’économie solidaire: La perspective de l’économie solidaire ne peut pas être appréhendée sans considérer ce sur quoi elle est fondée, c’est-à-dire une réflexion sur les rapports entre démocratie et économie7 « . 

Pour en comprendre la problématique, sans doute faut-il distinguer, à la suite de Karl Polanyi, les trois principes économiques qui sont à l’œuvre au sein des sociétés humaines : le marché, la redistribution, la réciprocité. Le premier principe d’action économique, le marché, peut se définir comme le lieu de rencontre entre l’offre et la demande de biens et de services, aux fins d’échange sur une base contractuelle. Le second, la redistribution, est le principe suivant lequel la production est remise à une autorité centrale chargée de la répartir en fonction de règles relatives à son prélèvement et à son affectation. Le troisième, la réciprocité, correspond à la relation établie entre des personnels au moyen de prestations qui ont pour vocation d’affirmer le lien social Fondé sur le don conçu comme  » fait social élémentaire », ce troisième principe d’action économique se différencie donc nettement de l’échange marchand. 

Mais il se distingue aussi de la redistribution, puisqu’il repose sur une relation symétrique et non sur l’autorité d’un pouvoir central. Or ces trois principes n’ont évidemment pas le même poids dans les sociétés contemporaines. L’irruption de la modernité capitaliste dans le courant du XIXe siècle, en effet, a eu pour conséquence d’accorder une prééminence durable à l’économie de marché. Repoussés au second plan, la redistribution étatique et l’échange réciproque ont cédé la place à un nouveau type dérégulation sociale : celui qui prise par la  » main invisible  » théorisée au XVIIe siècle par Adam Smith. Affranchie de touts référence extérieure ou transcendante, la société moderne s’adonne alors au mécanisme autorégulateur du marché.

 Car à ce dernier on prête volontiers des vertus pacificatrices. Sous le prétexte qu’il ancre les relations sociales dans la sphère des intérêts, on lui attribue le pouvoir de refréner la puissance destructrice des passions. Dictée par le seul intérêt économique, la dynamique de l’échange marchand est censée fonder des relations harmonieuses entre les hommes. 

En accumulant des richesses pour son propre compte, nous dit-on, « chacun contribue sans le savoir au bien-être universel ». Cette économie de marché, qui connaît son apogée avec le capitalisme moderne, a-t-elle tenu sa promesse ? Assurément non. Le prodigieux développement des échanges qui accompagne l’industrialisation a creusé le fossé entre les possédants et les démunis. I1 a divisé la société moderne en deux classes antagonistes, la bourgeoisie et le prolétariat, division en laquelle Marx décèle la contradiction fondamentale susceptible d’apporter, avec son dénouement, la promesse d’une communauté libérée de l’aliénation. Aussi, pour réparer les dégâts causés par l’expansion effrénée de la sphère marchande, la nécessité se fait jour de normes, de règles d’intérêt public dont l’État apparaît aussitôt comme le garant privilégié. Une économie non marchande fondée sur la redistribution vient corriger, ainsi, les effets destructeurs qu’exerce le marché sur la cohésion de la société.

Ainsi, on ne comprend pas où on est ? Et plusieurs questions ne cessent de s’imposer ? Quelle est la finalité de la vie économique ? Le profit illimité ou la satisfaction des besoins collectifs ? L’accumulation du capital ou la production matérielle de la société ? Loin d’appartenir à un âge révolu, ces interrogations sont au cœur d’une approche de l’économie délivrée de l’attrait du marché : l’économie ne se réduit pas plus aux rapports marchands que la société ne se réduit à l’économie, Comment s’inscrit alors, dans cette perspective, le développement récent d’une économie solidaire multiforme dans les pays développés ?

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