Quelles politiques préconiser en matière de prix de l’eau ?

L'attitude des irrigants vis- à-vis de l'augmentation du tarif de l'eau

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Par Ahmed BENMIHOUB et Slimane BEDRANI

Cependant, les variables explicatives retenues par les modèles sont assez concluantes et permettent de confirmer les hypothèses avancées : i) La sélection de la variable qualité de distribution problématique ( Pbdistr) par 3 modèles sur 4 au seuil de significativité de 1% confirme l’effet déterminant de cette variable sur l’opinion et l’attitude des irrigants vis-à-vis de l’augmentation du tarif de l’eau. La qualité médiocre de la fourniture d’eau d’irrigation subie par les agriculteurs appuie l’opinion que l’eau est actuellement facturée à son juste prix (Modèle 1) et, maintient le refus d’une augmentation du prix de l’eau sans conditions (Modèle 3). Par contre, les agriculteurs seraient prêts à payer un prix plus élevé si cette contrainte est éliminée (le coefficient Bêta est précédé d’un signe positif dans le Modèle 4).

  1. ii) La variable connaissances sur le prix de revient de l’eau distribuée (Conprixeau) est sélectionnée par le Modèle 2 comme unique variable explicative au seuil de significativité de 5 %: seuls les agriculteurs informés sur le prix de revient reconnaissent que l’eau est actuellement sous facturée. 

La non-sélection de cette variable dans les autres modèles serait due à la faiblesse du nombre d’agriculteurs disposant d’informations sur le prix de revient de l’eau d’irrigation (3,3% seulement de l’échantillon).

iii) L’effet de la taille de l’exploitation apparaît dans deux Modèles sous deux formes respectives au seuil de significativité de 5 %: Rapport superficie par taille du ménage agricole (Supmbr) dans le Modèle 3 et Taille de l’exploitation (Supexpl) dans le Modèle 4. La première forme indique que les grandes exploitations, souvent de type patronal ou entrepreneurial, présentant un ratio superficie exploitée par tête élevé, seront fort probablement hostiles à toute augmentation du prix de l’eau sans conditions. La seconde forme montre que plus la taille de l’exploitation est grande plus l’exploitant est prédisposé à payer un prix plus élevé à condition que le service de distribution soit amélioré. D’autres variables ont été sélectionnées : 

  1. iv) L’inflation des prix des intrants agricoles (Infintrants), engrais et produits phytosanitaires notamment, subie par les agriculteurs favorise le refus d’une augmentation du prix de l’eau (cette variable est significative au seuil de 1% dans le Modèle 3). Ceci démontre l’effet d’interaction entre le prixde l’eau et les prix des autres intrants agricoles.
  2. v) La nature de la culture irriguée a aussi un effet sur l’attitude des irrigants vis-à-vis de l’augmentation du prix. Dans le contexte du Hamiz, les agriculteurs possédant des Plantations agrumicoles (Agrum) sont plus enclins à refuser une augmentation du prix de l’eau sans conditions (la variable est statistiquement significative au seuil de 5% dans le Modèle 3).  

Ceci s’expliquerait par l’état peu productif des vergers d’agrumes dans le Hamiz car ils sont pour la plupart très anciens, plantés au début des années 1980, et ont subi des pénuries d’eau, durant plusieurs années de suite. On compte aussi quelques plantations très jeunes non encore entrées en phase de pleine production (16,7% de l’échantillon). Enfin, l’âge de l’exploitant (Age) a un effet, toutefois faible, sur l’opinion des irrigants par rapport à la tarification actuelle. Plus l’enquêté est âgé, plus il est fixé dans l’idée que l’eau est facturée actuellement à son juste prix (Modèle 1). 

La performance insuffisante des modèles de prédiction utilisés implique qu’il existe d’autres variables explicatives. Néanmoins, celles déjà retenues sont intuitivement assez concluantes. Elles nous permettent, en effet, de faire quelques propositions pour une politique de tarification de l’eau à usage agricole qui soit socialement acceptable : L’amélioration de la qualité de distribution semble être la condition sine qua non pour que les agriculteurs acceptent une augmentation du prix de l’eau. Ceci ne fait que confirmer davantage un fait largement vérifié par la littérature scientifique citée précédemment (cf. partie 2). Avant d’envisager une réévaluation du tarif de l’eau, il serait indispensable d’investir dans la rénovation et la modernisation des périmètres d’irrigation. La conception technique (réseaux sous pression, compteurs d’eau,…) et la gestion des périmètres doivent être adéquates .

L’information détaillée sur les différentes composantes du prix de revient est requise pour obtenir une opinion favorable des usagers à la réforme de la tarification. De plus, cela permet d’identifier les surcoûts induits par une mauvaise gestion (comme par exemple la pléthore de personnel). La transparence et le dialogue entre l’organisme gestionnaire et les agriculteurs sont, par conséquent, nécessaires pour une gestion performante de la distribution de l’eau. L’effet positif de la taille de l’exploitation sur l’attitude des irrigants vis-à-vis d’une augmentation du prix de l’eau suggère l’application du mode de tarification à taux progressif. Cette méthode est considérée comme la plus incitative à l’économie de l’eau (Valensuela, 2009). Les grandes exploitations, qui sont potentiellement de gros consommateurs d’eau, seront contraintes à investir dans les techniques d’irrigation économes en eau. 

Des aides publiques accordées pour l’adoption des technologies d’irrigation modernes sont nécessaires pour accompagner ce processus, et l’accès à ces aides devra être facilité. La tarification de l’eau d’irrigation devrait tenir compte aussi des contextes économiques national et local. L’effet démontré de l’inflation des prix des intrants agricoles (semences, engrais et produits phytosanitaires notamment) sur l’attitude négative des irrigants vis-à-vis d’une augmentation du prix de l’eau mérite d’être étudiée et analysée en concertation avec l’ensemble des acteurs économiques concernés. En outre, l’effet démontré de la nature et/ou de l’état des cultures irriguées sur l’attitude des irrigants recommande une adaptation du tarif de l’eau au contexte local. 

CONCLUSION

Les résultats de cette analyse empirique infirment l’idée communément admise que les agriculteurs seraient tous totalement hostiles à l’augmentation du prix de l’eau délivrée sur les périmètres publics d’irrigation. Près de la moitié des irrigants dans le périmètre public du Hamiz sont, en effet, d’ accord pour augmenter le prix de cette ressource afin de couvrir les charges d’exploitation et d’entretien du périmètre d’irrigation. Les résultats des quatre modèles estimés, qui sont complémentaires, montrent l’importance des facteurs techniques, économiques et sociodémographiques dans la formation d’une opinion ou d’une attitude favorable à une réévaluation du tarif de l’eau à usage agricole. La variable liée à la qualité de distribution est retenue par trois modèles sur quatre, ce qui démontre son effet très déterminant. 

L’amélioration de la qualité de la fourniture d’eau est la condition essentielle pour accepter une augmentation du tarif de l’eau. 

Les autres variables retenues sont: la superficie exploitée, le ratio superficie exploitée par tête, la nature de la culture irriguée, l’information sur le prix de revient de l’eau d’irrigation, l’inflation des prix des intrants et l’âge de l’exploitant. De façon synthétique, les variables retenues pour leur effet significatif sur l’opinion et l’attitude des irrigants vis -à-vis d’une réévaluation du tarif de l’eau à usage agricole correspondent à trois conditions ou principes qui fondent un «juste processus» de définition du prix de l’eau.

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