Quels scenario envisagés ?

L’irrigation des céréales en Algérie

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La production céréalière en Algérie est devenue une donnée économique stratégique, très attendue à l’intérieur du pays mais aussi convoitée à l’extérieur par les pays fournisseurs du produit. Les pronostics se chiffrent en milliards de dollars. 

Et pour cause, la demande algérienne en céréales, augmente exponentiellement, plus vite que la production qui peine à se stabiliser autour de 40 Mq. Pourtant, un niveau de 61 Mq, jugé exceptionnellement bon a été concrétisé en 2009 (MADR, 2012). Le régime alimentaire des algériens évolue lui aussi, avec davantage de dominance céréalière (blé). La consommation individuelle en blé est parmi les plus importantes dans le monde. Alors qu’elle n’était que de 150 kg/an en 1961, elle est passée à 223 kg/an en 2005 (FAOSTAT, 2005) et frôle les 250 kg en 2010 (Smadhi et Zella, 2009). Ces chiffres qui englobent la consommation humaine et autre, sont gonflés par les échéances démographiques (36 M habitants en 2012). Alors que la demande annuelle est estimée à 90 Mq, le déficit entre la demande et la production, est évalué à 50 Mq, imposant une facture des importations céréalières de 1,251 milliards de dollars us en 2010 (CNIS, 2012). Entre 1962 et 2010, l’accroissement de la population algérienne de 72% n’est suivi que d’un surplus de production de 50% (20 Mq à 30 Mq). Chaque année, la population croit d’environ 900 000 de personnes, engendrant un saut des besoins céréaliers de 225 milliers de tonnes supplémentaires. Le rapport de la production sur la population illustre clairement la tendance d’un décalage (166 kg/habitant), soit 66%, ce qui signifie que 44% du besoin céréalier de chaque individu, sont importés. Jusqu’à maintenant, les efforts consentis par les pouvoirs publics, en subventionnant l’achat de la production céréalière à raison de 4 500 DA/q pour le de blé dur, 3 500 DA/q pour le de blé tendre et 2 500 DA/q pour l’orge, les contrats de performance et autres encouragements en faveur des céréaliers se sont avérés insuffisants (MADR, 2012) pour enrayer la dépendance de l’étranger. Quelle stratégie adopter afin de réduire ce déficit et espérer limiter la dépendance alimentaire de l’étranger ? 

1- Première hypothèse : faut- il se contenter de cette limite de la rente du terroir assurant une productivité de 13 q/ha en pluvial et prévoir d’étendre progressivement les emblavures au-delà de 3,3 Mha (MADR, 2012) ? 2- Seconde hypothèse : faut-il, aussi améliorer les performances pour prétendre à un niveau au-delà de 13 q/ha en associant l’irrigation d’appoint ? 3- Troisième hypothèse : faut il augmenter et le rendement et la surface en même temps ? L’analyse de ces hypothèses a abouti aux résultats des différents scénarios. Si on retient la première hypothèse, les besoins en céréales estimés en 2012 à 90 Mq ne seront couverts qu’à 47,6%. Le défi à relever consiste à élargir la sole céréalière à 6,92 Mha, si on veut substituer 50 Mq d’importation par la production locale.

Cela revient à doubler la surface céréalière en Algérie. En revanche, selon la seconde hypothèse, fixant la surface à 3,3 Mha, le rendement doit grimper de 13 q/ha à 27,27 q/ha, soit un saut quantitatif de 47,67%. La troisième hypothèse consiste à combiner les deux premières, c’est-à-dire accroître conjointement la superficie et le rendement. L’augmentation des emblavures peut être réalisée en convertissant une partie de la jachère dont la surface est nettement importante (environ 4 Mha). Dans ce cas, l’accroissement des surfaces emblavées est couplé à la hausse du rendement (figure 3). Ces hypothèses peuvent être réalisées, soit en adoptant le régime pluvial, soit en affectant l’irrigation à certaines parcelles potentiellement productives.

 

On constate que dans le scénario 1, l’exigence en eau avoisine le milliard de m3 , alors que le volume régularisé de l’ensemble des barrages algériens est de 6,45 milliards de m3 . Une réserve à départager entre les trois utilisateurs potentiels (l’agriculture, l’industrie et le domestique). Le total des prélèvements d’eau mis à la disposition de ces derniers est de 9 milliards de m3 , un volume dont l’agriculture bénéficie déjà à hauteur de 5,85 milliards de m3 . Le dernier scénario, qui permet d’irriguer que 50 000 ha aurait besoin de 50 millions m3 d’eau. Dans le premier comme dans le dernier scénario, autant dire que chacun des 60 barrages existants va pouvoir approvisionner successivement l’irrigation de (20 000 x 60 = 1 200 000 ha) à (800 x 60 = 48 000 ha). C’est le cas du scénario 4 où l’irrigation de 300 000 ha apporterait 15 Mq de blé supplémentaires et consommerait 300 Mm3 . La stagnation des surfaces emblavées chaque année constitue un non sens et les vastes étendues laissées en jachère (environ 4 Mha) n’apportent aucun avantage. C’est antimonique qu’un système antique d’assolement biennal, alternant la jachère avec une céréale, reste encore dominant malgré son inefficacité. La céréaliculture est pratiquée par près de 600 000 agriculteurs dont 372 400 sont des professionnels (MADR, 2012).

Des unités de surfaces modestes (5 à 10 ha) peuvent être choisies en fonction de conditions favorables à l’irrigation (localisation à proximité des réserves d’eau, topographie satisfaisante, source d’énergie…) pour répondre aux différents scénarios proposés. Si l’Algérie n’opère pas de mutations dans sa structure de production, les importations continueront à croître jusqu’à égaler ses entrées en devises, voire les dépasser. En 2012, elle doit importer selon l’hypothèse de céréaliculture totalement en régime pluvial, la bagatelle de 50 Mq. Les importations céréalières ont atteint 1,51 milliard de dollars au premier semestre 2011 (CNIS, 2012), contre 664,85 millions de dollars à la même époque en 2010. Néanmoins, cette logique des chiffres est le plus souvent en contradiction avec les déclarations et les rapports avancés par les différents services.

L’Algérie est alimentairement dépendante de la culture du blé, le niveau de production actuel renforce la dépendance vis-à-vis de l’importation. Pour s’en défaire, il est possible d’étudier plusieurs solutions qui pourraient accroître la production et qui se situeraient en amont de l’irrigation. Dans un pays souffrant de l’aridité, il est de toute évidence ambigu de projeter l’irrigation des céréales sur de très vastes superficies, cela vulnérabilise davantage les ressources hydriques et compromet les besoins des échéances de démographie et de développement. Parfaire les autres inputs, pourrait s’avérer judicieusement plus rentable.

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