Typologie des travailleuses à domicile

Le secteur informel en Algérie

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Par  Youghourta BELLACHE

Il s’agit d’entrepreneurs « expérimentés » qui exercent leur activité depuis plus de 10 ans. La recherche d’un statut meilleur et/ou de revenus élevés explique le choix de leur activité (logique d’accumulation). Ils exercent dans l’industrie, leur activité est réalisée dans un établissement (ou local professionnel) et emploient un effectif de 1 à 4 employés (micro-entreprises). Leur chiffre d’affaires est élevé (3 à 9 SNMG/an) et ils tiennent une comptabilité de façon régulière. 

Leur clientèle est composée à la fois d’entreprises privées et de particuliers ; ils s’approvisionnent auprès des grossistes et/ou des importateurs. Ils ont financé la création de leur activité grâce à un crédit bancaire ou un crédit fournisseur auxquels ils font également appel pour le financement de leur activité courante. Les informels purs (45) représentent 19,9% de l’ensemble des entrepreneurs ; il s’agit d’indépendants (n’employant aucun salarié), issus du salariat informel et ayant un très faible niveau d’instruction (niveau primaire ou sans instruction). Le choix de leur activité est dicté par la nécessité de subvenir à leurs besoins (logique de reproduction sociale). Ils exercent dans la branche commerce, essentiellement dans la rue ou sur le marché et ne tenant aucune comptabilité. Leur revenu est très faible (CA annuel compris entre 1/2 et 1 SNMG annuel) voire moyen (1 à 3 SNMG). 

Le financement de l’activité est assuré grâce à la famille ; ils s’approvisionnent auprès des grossistes et/ou du marché noir. Les informels hybrides (38), non affiliés et non imposés, représentent 16,8% de l’ensemble des entrepreneurs ; Il s’agit de jeunes entrepreneurs (exerçant depuis moins de 4 ans), essentiellement des femmes, célibataires. Ils accédé au marché du travail directement sous le statut d’indépendant puisqu’il s’agit de leur premier emploi. Ils exercent dans le secteur des services (hors commerce) et tiennent une comptabilité mais de façon irrégulière. Leur clientèle est composée de particuliers et le règlement des clients se fait exclusivement en espèces. Le financement de la création de l’activité est assuré par l’épargne personnelle ou familiale.

L’analyse du sous-échantillon des travailleuses à domicile (81) a porté sur 13 variables pertinentes10 correspondant à 39 modalités. La variable à expliquer (type d’activité) comporte 3 modalités : activité-1 (couture et confection), activité-2 (préparation de produits alimentaires) et activité-3 (prestation de services). 

L’analyse des résultats de cette AFCM sur le plan factoriel F1-F2 (45,4% de l’inertie totale) (graphique 1. annexe 5) permet de caractériser les 3 types de travailleuses à domicile : les couturières (activité-1), les sous-traitantes de produits alimentaires (activité-2) et les prestataires de services (activité-3). Ainsi, les femmes exerçant des activités de services à domicile (coiffure, cours à domicile, garde d’enfants…) sont essentiellement jeunes (moins de 30 ans), célibataires, exerçant depuis au plus 3 ans et disposant d’une compétence professionnelle (formation professionnelle). 

Par opposition aux travailleuses à domicile « prestataires de services », les femmes exerçant à domicile des activités de transformation (couture et confection et préparation de produits alimentaires) sont mariées, beaucoup plus âgées (50 ans et plus), analphabètes (sans instruction) mais « expérimentées » (exerçant depuis au moins 10 ans) et dont le revenu de l’activité est relativement élevé (supérieur ou égal à 2 fois le SNMG annuel). Les travailleuses à domicile se livrant à l’activité de « couture et de confection » appartiennent à des familles nombreuses (7 membres et plus), disposant d’un revenu principal mensuel relativement élevé (1,5 à 2,5 fois le SNMG)11 et qui disent assimiler l’activité à domicile à un loisir. 

Leur activité génère un CA non négligeable (variant entre 1 et 2 SNMG annuel) et vendent leur production à des particuliers et aux voisins. En revanche, dans l’activité «préparation de produits alimentaires», les travailleuses à domicile appartiennent plutôt à des ménages pauvres (sans revenu principal du ménage), de taille moyenne (6 membres au plus) et pour qui l’activité à domicile est l’unique source de revenu puisque la raison principale du travail à domicile est de subvenir aux besoins de la famille. Leur clientèle est représentée par les entreprises privées qui sous-traitent (commerçants). 

Typologie des salariés : la segmentation salariée formels vs. salariés informels Le sous échantillon des salariés du secteur privé non agricole est composé de 236 actifs, soit 42,6 % de l’ensemble des salariés permanents non agricoles (553). Nous avons identifié 98 (soit 41,5%) salariés informels. L’analyse multidimensionnelle12 (deux facteurs expliquent 56,75% de l’inertie) permet de distinguer le groupe des salariés formels de celui des salariés informels (graphique 2. annexe 5). Le salarié formel correspond ici au salarié assuré et le salarié informel est défini comme un salarié non assuré, c’est-à-dire non déclaré à la caisse nationale de l’assurance sociale (CNAS). Les salariés du secteur formel sont relativement âgés (plus de 30 ans) et disposant d’un niveau d’instruction élevé (secondaire et supérieur) ; il s’agit de salariés plutôt stables (exercent depuis au moins 4 ans), travaillant en moyenne 40 heures par semaine (durée légale) et exerçant dans le secteur de l’industrie où le salaire est au minimum égal au SNMG (12 000 DA). En revanche, les salariés du secteur informel se distinguent par un faible niveau d’instruction et une faible rémunération (salaire inférieur au SNMG). Ils exercent, depuis peu de temps (3 ans au plus), dans le secteur des services (commerce compris) où l’emploi est précaire et la durée de travail flexible.

Les déterminants de l’accès au secteur informel 

Le rôle des variables démographiques et du capital humain Pour cerner les déterminants de l’accès aux segments du secteur informel (salariat et auto-emploi), nous avons estimé, à l’aide du modèle logistique multinomial, une équation de l’offre de travail globale. Les résultats du modèle estimé selon le maximum de vrai- semblance pour l’ensemble des actifs (1252) sont de qualité assez bonne. Les variables explicatives sont significatives (le χ 2 est très significatif) du positionnement des individus dans les différents segments. Le pouvoir explicatif (le pseudo R2 est de 40,9%) est relativement élevé et la capacité prédictive du modèle est satisfaisante (50,5% des individus de l’échantillon sont correctement classifiés). 

Les déterminants de l’accès aux différents segments du marché du travail et particulièrement aux segments du secteur informel reposent sur l’influence des variables relatives à la démographie et au niveau du capital humain quant à l’accès au secteur informel. 

Les variables sociodémographiques (genre, âge et situation matrimoniale des actifs) exercent une influence quant à l’accès à tel ou tel segment du marché du travail. En effet, le fait d’être un homme accroit le logarithme des chances de choix d’accéder au marché du travail comme salarié dans les secteurs formel et informel et comme indépendant dans le secteur formel plutôt que de rester au chômage (les hommes ont respectivement 1,29 ; 1,23 et 1,22 plus de chances relativement aux femmes). 

En outre, un homme a plus de chances d’accéder au secteur formel (plus comme indépendant que comme salarié) que de travailler comme salarié dans le secteur informel. En revanche, le fait d’être une femme accroit la probabilité d’accès au secteur informel comme indépendante relativement aux chômeurs et aux autres groupes. Ceci s’explique par l’importance du travail à domicile exercé par les femmes (révélé par l’analyse descriptive des données de l’enquête) et qui représente presque un tiers de l’emploi indépendant (et presque la moitié de l’emploi indépendant informel). L’âge augmente la probabilité de s’insérer sur le marché du travail (formel et informel) relativement aux chômeurs. On note également que les individus âgés ont plus de chances d’exercer comme indépendants que comme salariés dans le secteur informel.

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